Tremper des mangues fraîchement récoltées dans de l’eau ozonée a plus que doublé leur durée de conservation, selon une nouvelle étude.
Par Emma Bryce (Si apre in una nuova finestra)

Le gaspillage alimentaire constitue un problème majeur, mondial et en croissance constante. Mais pour certains fruits et légumes, la solution pourrait être aussi simple qu’un bain dans de l’eau purifiée.
Une récente étude a démontré que le fait de plonger des mangues pendant seulement dix minutes dans de l’eau ozonée permettait ensuite de les réfrigérer à des températures plus basses après la récolte, ce qui a plus que doublé leur durée de conservation, la faisant passer de 13 à 28 jours.
Cette solution, à la fois ingénieuse et simple, résout un problème propre aux mangues et à d’autres produits tropicaux sensibles au froid : ces fruits peinent à mûrir à des températures inférieures à 13 °C et subissent un phénomène appelé « lésion par le froid (Si apre in una nuova finestra) » (Chilling injury). Ce phénomène endommage la chair et la peau du fruit, provoquant un mûrissement irrégulier et l’apparition de marques peu attrayantes, rendant souvent les fruits invendables. Pourtant, à 13 °C et plus, les mangues ont tendance à se détériorer rapidement, ce qui limite considérablement leur durée de conservation.
Cette situation place les mangues dans une position délicate et explique en partie pourquoi 22 % de toutes les mangues produites en Australie, où s’est déroulée l’étude, sont perdues ou gaspillées chaque année.
Une équipe de recherche de l’Université Edith Cowan, en Australie, a voulu vérifier s’il était possible de réduire la sensibilité des mangues au froid afin de permettre sa réfrigération avec d’autres denrées périssables.
Pour cela, elle a eu recours à de l’eau ozonée, un liquide infusé de gaz ozone, reconnu pour ses puissantes propriétés désinfectantes et sa capacité à réduire la présence de microbes à la surface des aliments. Cette solution est d’ailleurs largement utilisée dans l’industrie agroalimentaire pour désinfecter l’eau et assainir les contenants.
Toutefois, l’équipe soupçonnait l’eau ozonée d’avoir davantage d’effets bénéfiques. Elle a donc testé son efficacité sur des mangues vertes mûres fraîchement récoltées, appartenant à la variété « Kensington Pride ». Des dizaines d’échantillons ont été répartis en trois groupes et plongés dans l’eau ozonée pendant dix, vingt et trente minutes respectivement, avant d’être réfrigérés bien en dessous de leur seuil habituel, à 5 °C, pendant 21 ou 28 jours. Un groupe témoin non traité a également été conservé à des fins de comparaison.
À l’analyse, les mangues trempées et réfrigérées se sont révélées bien plus résistantes. Elles montraient moins de signes de lésions par le froid, moins de perte de poids – un autre indicateur de dommage lié à la réfrigération –, et pouvaient se conserver jusqu’à 28 jours en chambre froide avant de mûrir normalement. Les mangues plongées pendant la plus courte durée, soit dix minutes, affichaient 40 % moins de lésions par le froid que celles du groupe témoin.
En examinant la pulpe de ces mangues, l’équipe a détecté des niveaux plus élevés de certaines enzymes antioxydantes. Ce résultat leur offrait un indice : « Ce stress initial déclenche la production d’antioxydants, qui à leur tour combattent le stress lié au froid », explique la professeure Mekhala Vithana, chercheuse principale et chargée de cours à l’École des sciences de l’Université Edith Cowan.
Vithana et son équipe ont constaté que cette hausse du niveau d’antioxydants aide à protéger et à maintenir les membranes cellulaires du fruit dans des conditions froides, le rendant ainsi moins vulnérable aux lésions de froid et capable de supporter des températures plus basses.
Le bain d’ozone rejoint ainsi d’autres méthodes innovantes utilisées pour prolonger la durée de conservation des fruits, tel que le traitement à la mélatonine (Si apre in una nuova finestra), une hormone du sommeil. Ces recherches innovantes traduisent l’urgence de trouver des solutions au gaspillage alimentaire, les mangues constituant un exemple particulièrement challengeant. En Australie, le gaspillage des mangues représente 3 % des émissions de gaz à effet de serre provenant de pertes alimentaires et la production mondiale de mangues ainsi que ses déchets associés sont également en augmentation, selon l'étude.
Vithana précise que l’équipe prévoit de tester la solution ozonée sur d’autres variétés de mangues afin d’étendre les bénéfices de cette approche simple à l’ensemble de l’industrie. « Je pense que cette méthode pourrait aussi fonctionner sur d’autres fruits et légumes tropicaux », ajoute-t-elle.
Source : Vithana et coll., « Postharvest aqueous ozonation alleviates chilling injury by upregulating ascorbate-glutathione (AsA-GSH) cycle and associated antioxidant enzymes in cold-stored ‘Kensington Pride’ mango fruit (Si apre in una nuova finestra) », Plant Growth Regulation, 2025.
Article original en anglais : https://www.anthropocenemagazine.org/2025/07/heres-a-ten-minute-potential-solution-to-the-huge-problem-of-tropical-fruit-waste/ (Si apre in una nuova finestra)
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(Si apre in una nuova finestra)Anthropocène est la version française d’Anthropocene Magazine (Si apre in una nuova finestra). La traduction française des articles est réalisée par le Service de traduction de l’Université Concordia (Si apre in una nuova finestra), la Durabilité à l’Ère Numérique (Si apre in una nuova finestra) et le pôle canadien de Future Earth (Si apre in una nuova finestra).