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Solal | Albert Cohen

Quel livre ! Ouvert sans la moindre attente, si ce n'est une vague idée venue d'on ne sait où (pourquoi ai-je l'impropre liaison /on-ne-sè-zou/ en tête ?) que c'est un livre qu'il faut avoir lu, impression renforcée par la quatrième de couverture qui ne dit rien du livre mais crie au chef d'œuvre et au génie.

Œuvre désordonnée et magnifique, Solal mérite d'être lu et relu. Il possède les caractéristiques de la grandeur. Il dévoile au lecteur de nouveaux tréfonds de l'âme humaine. C'est le seul véritable critère de la grandeur.

C'est manifestement ce qu'en dit le New York Times, et c'est une critique tout à fait cryptique avant d'avoir lu le livre, et totalement justifiée à mon sens une fois la dernière page tournée.

Commençons donc par mon impression de ce livre : celui d'être immédiatement happé par une tornade dont on ne peut sortir que proprement tourneboulé et chahuté bien malgré soi. Il y a dans ces pages une énergie débordante, un bouillonnement de vie et d'énergie que je n'ai que rarement ressenti en lisant un livre, une intensité telle qu'elle en parfois presque sidérante.

Je pense rétrospectivement qu'il y a un peu de cet effet dans pas mal de livres qui m'ont marqué (au risque de la répétition, par exemple, La Conjuration des Imbéciles ou Serge). Il y a un autre effet, que je désignerais faute de mieux comme celui de la "limite de l'incrédulité". Il existe le terme consacré de "suspension d'incrédulité", ce contrat implicite entre l'auteur d'une œuvre et son spectateur pour que ce dernier accepte des éléments un peu fantastiques, charge au créateur de maintenir une cohérence interne sous peine de décrochage.

Je trouve qu'il y a quelques œuvres qui savent respecter cela en se positionnant juste sous la limite de l'incrédulité. Solalest par bien des aspects, et dès son incipit, parfaitement absurde, notamment pour ce qui est du comportement de ses protagonistes. Et malgré cette absurdité, je me suis très facilement plongé dans ce monde qui sous beaucoup d'aspect ressemble au nôtre, et dont l'étrangeté vient souligner manques ou excès de notre société.

Et l'absurdité des personnages les rend surtout pathétiques, et par là attachants et drôles. En poussant assez loin les curseurs tout en nous permettant de nous identifier à eux, Solal est un roman dont le caractère excessif sert à dénoncer l'excès, et notamment ici, l'excès de passion — de Solal pour les femmes (et inversement), ou d'individus pour leur religion.

En me renseignant plus avant sur Albert Cohen, j'ai compris que Solal n'est même pas son chef d'œuvre absolu. Il s'agirait de Belle du Seigneur, pénultième opus de la tétralogie des Valeureux que Solal introduit, et qui rejoint donc avec les deux autres (Mangeclous et justement Les Valeureux) ma pile de livres à acheter.

Reste peut-être une question : si vous ne l'avez pas encore fait, devez-vous lire ce livre ? Je dirais que oui, même si par certains aspects, je ne serais pas étonné qu'il rebute certains. Mais laissez-lui une chance, il la mérite.

Kategorie Impression d'impressions