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Les vagues de chaleur ne sont pas seulement des catastrophes naturelles. Une étude révèle des empreintes invisibles derrière nos journées les plus chaudes

En reliant les émissions de certaines entreprises à des centaines de vagues de chaleur, une équipe scientifique démontre qu’un petit nombre de producteurs portent une responsabilité disproportionnée dans l’aggravation des extrêmes climatiques.

Par Sarah DeWeerdt (Öffnet in neuem Fenster)

La moitié de l’augmentation de l’intensité des vagues de chaleur depuis l’ère préindustrielle peut être attribuée aux émissions de gaz à effet de serre provenant de seulement 180 producteurs de combustibles fossiles et de ciment, selon une nouvelle étude. Chacun d’entre eux a émis suffisamment de gaz à effet de serre pour provoquer plusieurs vagues de chaleur qui auraient été pratiquement impossibles en l’absence du changement climatique.

Cette analyse représente une avancée majeure dans le domaine de la science de l’attribution, une discipline en plein essor qui quantifie les contributions de différentes causes aux changements climatiques et aux phénomènes météorologiques extrêmes. Ces analyses confirment que les changements climatiques amplifient les vagues de chaleur.

Cependant, la plupart des études précédentes dans ce domaine se concentrent sur un seul événement extrême à la fois, et détaillent rarement la contribution de pays ou d’entreprises individuellement. Ceci est donc la première étude qui analyse de manière systématique les contributions de multiples acteurs sur un large ensemble d’événements.

L’équipe de recherche a rassemblé des données issues de la Base de données internationale sur les catastrophes, portant sur 226 vagues de chaleur survenues entre 2000 et 2023 au travers des sept continents. Bien que peu de données proviennent d’Afrique, d’Amérique du Sud et des Caraïbes, cette base de données utilise une méthodologie cohérente pour définir et documenter les catastrophes responsables de pertes humaines, économiques ou ayant conduit à une déclaration officielle d’état de catastrophe. Les scientifiques ont évalué l'impact global du changement climatique sur la probabilité et l'intensité de chaque vague de chaleur et ont également collecté des informations sur les émissions cumulées entre 1854 et 2023 de 180 « majors du carbone » - les plus grands émetteurs mondiaux. Cette liste comprend des sociétés privées, telles qu’ExxonMobil, des entreprises publiques comme Saudi Aramco, ainsi que des entités gouvernementales, telles que l’ancienne Union soviétique.

L’équipe de recherche a ensuite déterminé la contribution de chaque « major du carbone » aux changements climatiques en simulant leur retrait individuellement des modèles climatiques mondiaux. Une fois la part du réchauffement global attribuée à chaque acteur calculée, l’équipe a pu en déduire l’impact de chacun sur la probabilité et la sévérité de chaque vague de chaleur.

Les changements climatiques d’origine humaine ont accru la probabilité et l’intensité de 213 vagues de chaleur survenues entre 2000 et 2023, rapportent les scientifiques dans la revue Nature. Les vagues de chaleur (Öffnet in neuem Fenster) sont actuellement plus intenses qu’auparavant, et l’influence des changements climatiques sur celles-ci continue de croître. Selon les calculs de l’équipe, les changements climatiques ont rendu les vagues de chaleur 20 fois plus probables entre 2000 et 2009 qu’entre 1850 et 1900. Entre 2010 et 2019, elles étaient même jusqu’à 200 fois plus probables.

À cause des changements climatiques, environ un quart des vagues de chaleur individuelles, soit 55 d’entre elles, sont devenues 10 000 fois plus probables. Autrement dit, elles auraient été pratiquement impossibles dans un climat préindustriel.

Parallèlement, les 180 « majors du carbone » sont responsables de 60 % des émissions anthropiques entre 1850 et 2023. Environ la moitié de l’augmentation de la température moyenne mondiale et de l’intensité des vagues de chaleur peut leur être attribuée.

Les 14 plus grands émetteurs ont contribué autant aux changements climatiques que les 166 autres « majors du carbone ». Chacun de ces 14 acteurs a émis suffisamment de gaz à effet de serre que pour provoquer plus de 50 vagues de chaleur. Même le plus petit « major du carbone », la société russe de charbon Elgaugol, a produit assez d’émissions pour causer 16 vagues de chaleur.

« Ces résultats sont pertinents non seulement pour la communauté scientifique, mais aussi pour les politiques climatiques, les litiges et les efforts plus larges visant à renforcer la responsabilité des entreprises », écrit l’équipe de recherche.

En retraçant la chaîne de causalité allant des événements extrêmes aux changements climatiques et aux émetteurs individuels, cette analyse pourrait contribuer à fonder juridiquement la responsabilité des vagues de chaleur et à appliquer le principe du « pollueur-payeur (Öffnet in neuem Fenster) ».

L’équipe prévoit désormais d’appliquer cette même approche à d’autres phénomènes extrêmes, tels que les pluies diluviennes, les sécheresses et les incendies.

Source : Quilcaille Y. et coll., « Systematic attribution of heat waves to the emissions of carbon majors (Öffnet in neuem Fenster) », Nature, 2025.

Article original en anglais : https://www.anthropocenemagazine.org/2025/09/heat-waves-arent-just-natural-disasters-study-finds-hidden-fingerprints-on-our-hottest-days/ (Öffnet in neuem Fenster)

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Anthropocène est la version française d’Anthropocene Magazine (Öffnet in neuem Fenster). La traduction française des articles est réalisée par le Service de traduction de l’Université Concordia (Öffnet in neuem Fenster), la Durabilité à l’Ère Numérique (Öffnet in neuem Fenster) et le pôle canadien de Future Earth (Öffnet in neuem Fenster).