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Championnats du Monde Prague - Danse Rythmique : Vogue petit navire…

© Alice Alvarez
© Alice Alvarez - Fournier-Beaudry/Cizeron

Un petit navire qui a de grandes voiles, à la mesure du talent de Laurence Fournier-Beaudry et Guillaume Cizeron. Depuis la précision et profondeur de leurs carres, jusqu’à leur couverture de la glace, leur supériorité technique est indéniable. Cette danse rythmique est d’une densité bluffante, avec une vitesse d’exécution à couper le souffle. Côté expression, ils sont dans le ton, vifs, justes. La foule de petits détails que contient ce programme est fascinante. Ils battent leur record de points avec 92.74. Les pierreries ajoutées au costume de Laurence lui donnent un côté victorien qui s’éloigne de l’original de Jean-Paul Gaultier, mais sans le dénaturer. Il n’y a absolument rien à jeter dans cette R.D.

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© Alice Alvarez - Gilles/Poirier

Il n’y a rien non plus à jeter dans celle de Piper Gilles et Paul Poirier, mais elle manque de vitesse. Eux ont un choix à faire entre précision de carres et vélocité, afin d’assurer la première. Mais c’est un bon choix qui leur permet d’être techniquement très propres. Leurs niveaux sont équivalents à ceux des Français, à l’exception du Pattern Step, 3 pour les Canadiens. L’une de leurs grandes forces est leur joie de patiner, communicative. Les voir évoluer est un régal. Ils prennent aisément la 2ème place avec 86.45.

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© Alice Alvarez - Fear/Gibson

Lilah Fear, aujourd’hui, tient ses fameux twizzles qui l’avaient méchamment trahie aux championnats d’Europe et aux Jeux Olympiques. Ils ne sont pas totalement nets (niveau 3), mais ils ne dérivent plus en perte d’équilibre. Lewis Gibson est l’un des meilleurs danseurs du circuit. S’il existait un classement de ces messieurs, je le rangerais tout de suite après Guillaume, à égalité avec Paul Poirier. Comme partout où ils évoluent, les Britanniques sont adorés par le public. Ces deux là sont nés pour le show et ce show, ils le font à chacune de leur sortie. Leurs niveaux sont un cran inférieur à ceux des deux premiers couples, sauf le porté final (4). Ils occupent le 3ème rang (85.09).

Emilea Zingas et Vladimir Kolesnik ont décidément le vent en poupe. Il est rare de voir ainsi un couple brûler les étapes dans la, souvent rigide, hiérarchie de la danse sur glace. Vainqueurs des Quatre Continents cette saison, 5èmes de leurs premiers Jeux Olympiques, ces Mondiaux sont aussi une première pour eux. Le programme reste cependant du Igor Shpilband pur jus, calculette en main, monté avec une rigueur de grand cartésien. Les deux Américains sont bourrés de talent, il serait judicieux d’en faire autre chose que des machines techniques. 84.21 les place 4èmes.

© Alice Alvarez
© Alice Alvarez - Lopareva/Brissaud

Ce n’est pas par chauvinisme car je considère que le pays de naissance est un hasard géographique qui ne donne ni droit ni devoir. Mais, au titre d’amoureuse de la danse sur glace, je suis profondément agacée qu’Evgeniia Lopareva et Geoffrey Brissaud ne soient pas mieux notés, et ceci depuis leur médaille d’argent européenne de 2025. A croire qu’avoir le meilleur couple du monde signifie automatiquement sacrifier leurs héritiers. Très consensuels, eux ne s’en plaignent jamais. Leurs twizzles décrivent un arc, au contraire de ceux, linéaires, de leurs concurrents, donc plus faciles. Je n’ai pas vu le problème qui fait descendre le niveau de ceux de Geoffey à 3 (ce qui ne veut pas dire qu’il n’existe pas). Même chose avec la médiane, ratiboisée à 2 pour lui, et 3 pour un Pattern Step qui me semble pourtant être un modèle du genre. Les GOEs ne montent pas. Plus d’un point de différence avec Zingas/Kolesnik me semble injuste. Mais pour une fois, les composantes prennent une tournure plus légitime avec des 9.00, 9.25, 9.50 et même un 9.75. Enfin ! Leur vitesse d’exécution, l’ampleur de leur patinage, la qualité de leurs carres, leur capacité à faire passer toutes sortes d’émotions, devraient les classer parmi les tout meilleurs. 5èmes (83.07), c’est très bien, mais dans un monde idéal ou du moins équitable, ils devraient être devant Zingas/Kolesnik et surtout, devant Fear/Gibson. Ils sont beaucoup plus originaux, éclectiques, que les deux couples pré-cités, et bien plus fins techniciens que les Britanniques.

Il y a chez Olivia Smart et Tim Dieck, un enthousiasme communicatif. Olivia a une personnalité de feu, et Tim a fini par éclore de sa coquille, ce qui donne à présent un équilibre au couple. Leurs twizzles sont de niveau 4, malgré la première série qui manque de synchronisme. Ils ne seront jamais les meilleurs techniciens du monde (médiane niveau 2 justifiée), mais ils ne cessent de progresser et leur RD, aujourd’hui, est mûre à point, comme un beau fruit à déguster. Ils sont 6èmes (81.06).

Christina Carreira et Anthony Ponomarenko sont convaincants sans être transcendants (7èmes, 80.89) et devancent Marjorie Lajoie et Zachay Lagha pour quelques poussières de points (80.81). Allison Reed et Saulius Ambrulevicius semblent fatigués. Leur RD manque de la joie et de l’humour qui faisaient la différence en début de saison (79.66/9èmes). Davis/Smolkin sont dans un même point (79.34), suivis de Turkkila/Versluis, pour qui les années 90 ne sont visiblement pas la tasse de thé (78.03). Les deux fratries tchèques Mrazkova/ Mrazek (76.74) et Taschlerova/Taschler (76.35) encadrent le troisième duo américain, Green/Parsons (76.42). Les scores sont très serrés ! L’ancien couple français devenu canadien (redevenue pour Madame) Marie-Jade Lauriault et Romain Le Gac frisent la guillotine du cut en terminant 20èmes (69.70) avec des grades d’exécution rabougris et des composantes au rabais auxquels ils ne sont pas habitués. S’ils ne se sont pas qualifiés aux Mondiaux depuis 2019, ils avaient tout de même terminé 14èmes de ceux Saïtama.

Par Kate Royan - Prague le 27 mars 2026

Scores détaillés (Abre numa nova janela)

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