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Réflexions sur le péché, la souffrance, l'espérance et le vrai chemin | Franz Kafka

Écrire régulièrement a plusieurs vertus, et l'une que j'identifie en démarrant cet article, c'est que cela permet de mettre le doigt sur mes obsessions du moment. Il y a donc les livres aux beaux titres, le cerveau, l'IA, et le sujet du jour : la spiritualité.

J'ai un peu tendance à la voir partout en ce moment, ce qui fait probablement de moi quelqu'un qui est "conscient de ses besoins spirituels". Et qui se dit qu'il y a autant de façon de combler ce besoin que de personnes, et qui se demande si au final, plutôt que de longs débats sur le big bang, l'évolution, la prière, la création ou autre, la vraie question fondamentale n'est pas de savoir d'où vient ce besoin ? Qu'est-ce qui a fait des humains des créatures spirituelles ?

Il va sans dire que c'est une très vaste question qui dépasse largement l'ambition de cet article, mais qui explique déjà pourquoi ce très court livre a attiré mon attention dans la librairie de la fondation Vuitton (à la fin de la visite de la rétrospective consacrée à Richter). Ça, et le fait que Kafka est un auteur qui m'a profondément marqué, et c'est d'ailleurs surtout de lui que je veux parler ici, plutôt que du livre.

Voici donc l'histoire de mon rapport à Kafka.

Qui a assez mal commencé il faut dire, malédiction des lectures scolaires — ou à tout le moins, du rapport que j'avais avec icelles. Autant j'adore lire un livre que je choisis, autant au collège puis au lycée, qu'un livre soit suggéré par un professeur et obligatoire dans le cursus lui faisait immédiatement perdre tout attrait — sauf quand la couverture mentionnait "érotique", mais c'est une histoire pour un autre jour1. Or La Métamorphose, c'est un livre que l'on fait lire au collège il me semble, et je pense qu'à l'époque, je n'étais pas prêt pour autant de génie maudit, concentré que j'étais sur les enjeux principaux de l'adolescence : faire partie du groupe, plaire aux filles (échec patent sur les deux tableaux, mais là encore, j'essaie de rester concentré).

Fort heureusement, plus tard dans ma vie, j'allais en classe préparatoire, et le programme, après 20 heures de maths et 15 de physique chimie, laissait quelques miettes au français, avec chaque année trois livres reliés par un thème, et l'une des deux années, ce fut celui de la métamorphose. La métamorphose revint dans mon cursus scolaire à un moment où j'étais mûr pour profiter de Kafka. Où je pus vraiment voir la puissance de ce court récit, ce qu'il dit sur ce qu'on pense de soi, sur la perception des autres, sur le rapport au monde. Et où pour comprendre ce texte, il me fut indispensable de m'intéresser à son auteur.

A cet homme maudit par l'amour des lettres, par l'urgence de littérature qui le dévorait. Et dont la mort prématurée, et l'irrespect de son ami Max Brod pour son testament, ont fait une légende. Comme le fait remarquer la partie critique du livre sur le péché, c'est l'un des rares qui ait été adjectivé. Kafkaïen, sadique, machiavélique, à la limite proustien, mais la liste n'est pas beaucoup plus longue.

"Je ne suis que littérature et je ne peux ni ne veux être rien d’autre."

J'ai donc acquis et lu à l'époque à peu près tout ce qu'il y avait d'essentiel à lire sur Kafka, ses romans inachevés, et surtout, son Journal. Que j'ai rouvert en préparant cet article à la recherche d'une citation que j'attribue à Kafka :

"Les peuples heureux n'ont pas de littérature"

Et j'ai eu beau faire des pieds et des mains, je n'ai jamais retrouvé cette citation. Terrible constat sur la faillibilité de ma mémoire, mais je peux me rassurer en me disant que j'ai quand même du lire cette idée quelque part en rapport avec Kafka, parce que le rapprochement avec cette idée Hegelienne est récurrente dans l'analyse critique de son oeuvre. Cette idée qui transpire du rapport de Kafka à la littérature m'a sans doute fasciné à l'époque d'une part pour sa réalité, certaines des plus belles œuvres de fiction étant probablement intrinsèquement liées à la part sombre de l'humain, et d'autre part parce qu'elle pose cette autre question abyssale : la félicité parfaite, est-ce l'ennui sans fin? Peut-on écrire un grand livre si l'on ne parle que de bonnes nouvelles, de sentiments nobles, de bonheurs simples ? (Je réalise en posant la question que c'est une extrapolation, mais c'est mon infolettre, si vous la lisez, c'est que vous êtes ouverts à suivre le cheminement parfois tortueux de ma pensée complexe).

Bon par contre, en feuilletant à nouveau le journal, j'ai retrouvé un extrait absolument incroyable, l'entrée du 2 aout 1914 :

"L'Allemagne a déclaré la guerre à la Russie. — Après-midi piscine."

Sans doute cette remarque, sa désinvolture a-t-elle aussi grandement résonné chez moi. Je ne sais pas pourquoi, j'y vois l'essence de Kafka et de son rapport au monde.

Dans les Réflexions... (pas envie d'écrire tout le titre, et en même temps, écrire que je n'ai pas envie d'écrire tout le titre me prend autant voire plus de temps), il y a aussi quelques aphorismes que j'ai aimées :

"Dans le combat entre toi et le monde seconde le monde."

"C'est seulement quand on ment le moins possible qu'on ment le moins possible, non quand on en a le moins possible l'occasion."

"Le mal est parfois dans la main comme un outil, reconnu ou non, il se laisse mettre de côté sans protester, quand on en a la volonté."

"Il ne prouve que lui-même, son unique preuve est lui-même, tous les adversaires le vainquent aussitôt mais ce n'est pas qu'ils le réfutent (il est irréfutable), c'est qu'ils se prouvent eux."

D'ailleurs, je réalise en les notant que les trois premières sont indiquées comme ayant été rayées par Kafka dans son carnet... Je ne sais pas ce que ça dit de moi, ou de lui?

Cet article est déjà, à ce stade, l'un des plus longs que j'ai écrit jusque lors. Je conçois qu'il est assez décousu — comme peuvent l'être les entrées du journal de Kafka, qu'il ne parle que peu de son titre, et que probablement pas plus vous qui le lirez que moi ne saurez bien quoi faire de tout ça.

Je vais donc tenter ici une forme de synthèse. Kafka est à mon sens, à raison, un auteur majeur du XXè siècle. C'est un auteur qui, conformément au thème de la catégorie, a laissé sur moi une très forte impression, probablement en raison de son ironie mordante malgré sa noirceur. Je ne peux que le conseiller comme un grand auteur à avoir lu. Et je pourrais probablement en parler des heures, mais je vais m'arrêter là, et signaler :

  • mon ouverture à une conversation plus longue à son propos,

  • et mon intention d'écrire plus avant un article sur ma mésattribution de la citation, dans le cadre de ma passion pour le fonctionnement du cerveau.

  1. Ou bien pour une note de bas de page : au collège, nous avons eu à lire une très brève nouvelle dont il existe trois versions, et qui n'est pas le moins du monde érotique à l'origine, simplement la troisième version est-elle peut-être légèrement plus explicite. Mais l'éditeur, pas fou, a saisi cette occasion pour catégoriser le livre comme érotique, ce qui est bien plus vendeur. Scandale parmi les parents, défense circonstanciée de la professeure, émoi des élèves, et tout rentra dans l'ordre, nous lûmes le livre sans que la classe ne déviât dans une sexualité débridée. D'ailleurs, c'est assez approprié comme histoire dans un article qui réfléchit sur le péché ? Et enfin, parce que moi aussi je veux gagner des lecteurs à vil prix, j'ai retrouvé le livre en question, il s'agit de Point de lendemain, de Vivant Denon (qui d'ailleurs, devait être à 5 francs à l'époque), et que l'éditeur continue de vendre de manière affriolante, voir les couvertures ci-dessus (apparemment, il n'y a plus que deux versions dans cette édition, mais je suis assez formel sur l'existence de trois à l'époque).

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