Encore un livre dont je n'ai pas la moindre idée de la façon dont il est arrivé dans mon Tsundoku — enfin, j'ai un léger soupçon. Mais peu importe, la quatrième de couverture mettait en appétit, avec notamment un parallèle avec Fahrenheit 451.
Je pense que je suis passé à côté de ce livre. Cela faisait longtemps que ça ne m'était pas arrivé, mais j'ai eu beaucoup de mal à avancer dans sa lecture, pour plusieurs raisons.
Déjà, l'histoire m'a semblé obscure, et pas exactement conforme au résumé aguicheur qu'en fait la quatrième de couverture. C'est d'autant plus dommage que le premier chapitre, qui met en scène l'un des héros du livre, le robot Spofforth, pose une problématique intéressante : il souhaite se suicider mais sa programmation l'en empêche, et il fait malgré tout une tentative annuelle, sans succès, de se jeter du haut de l'Empire State Building.
Mais ensuite, comme j'écrivais, l'histoire est assez absconse. Elle est en plus essentiellement rédigée sous la forme de journaux des personnages, genre littéraire compliqué, et qui m'a un peu sorti du livre ici : qui, dans son journal, rapporte les dialogues avec les tirets cadratins et les expressions synonymes de dire ? Bref, le style est littéraire, ça ne colle pas.
Le monde décrit n'est pas très crédible à mes yeux, plus personne ne sait lire, les humains sont drogués en permanence, n'ont plus d'enfants depuis des décennies... la suspension de crédulité demandée est beaucoup trop grande pour moi. Les péripéties sont étranges, passant d'une bibliothèque à une prison à une secte chrétienne implantée dans une espèce de centre commercial... Cela me donne l'impression que l'auteur a voulu passer un message simple, "lire, c'est bien", et a construit un monde qui l'assène avec la subtilité d'un 33 tonnes.
Jusqu'aux quelques pages finales, avec une citation qui m'a frappé :
“Les robots n'étaient qu'une chose qu'on avait inventée, un jour, par amour de la technologie — uniquement parce qu'elle permettait de les inventer".
Cela m'a immédiatement fait penser à l'IA, et à cette question clé et récurrente du progrès technologique : l'on invente souvent des choses parce qu'on peut le faire, mais l'on ne se pose pas toujours la question de leur bon usage, et il faut parfois le découvrir dans la douleur. Cette réflexion à elle seule est bien plus puissante que ce que le livre essaie de dire sur la lecture.
Et le dénouement, qui fait enfin écho au premier chapitre après moult détours, sauve un peu le livre.
Bref, je ne le conseille qu'aux complétistes de la science-fiction dystopique, ce livre n'arrive pas à la cheville de 1984, Fahrenheit 451 et Le meilleur des mondes. Dont je garde peut-être un souvenir surévalué, et que je jugerais peut-être durement peu crédible si je les lisais aujourd’hui.
P.S. : un jour, je ferai probablement un ou plusieurs articles sur quelques livres qui m'ont beaucoup déçu !