
Déjà, quel mot magnifique. Enfin, peut-être ne sont-ce que les images qu’il m’évoque que je trouve belles.
Mais ce n’est pas le sujet. Je l’aborde ici parce que je suis en plein recrutement au boulot, et que c’est donc un bon prétexte pour écrire un peu sur ce qui devait être un autre sujet de cette infolettre : le cerveau.
Le recrutement, et notamment l’entretien d’embauche, c’est un terrain de jeu magnifique pour tout un tas de biais cognitifs. La liste est longue, j’en ai donc choisi un, l’effet de halo.
C’est cet effet qui explique entre autres que toutes choses égales par ailleurs, les gens physiquement beaux s’en sortent généralement mieux. Je ne parle pas d’expérience, c’est la recherche qui le dit (Öffnet in neuem Fenster).
In empirical analyses based on three distinct sets of household data we have discovered a number of facts about beauty in the labor market. Other things equal, the wages of people with below-average looks are lower than those of average-looking workers; and there is a premium in wages for good-looking people that is slightly smaller than this penalty. The penalty and premium may be higher for men, but these gender differences are not large. There is some evidence that the labor market sorts the best-looking people into occupations where their looks are productive.
Hamermesh, l’un des auteurs de l’étude ci-dessus, a même écrit un livre à ce propos, Beauty Pays: Why Attractive People Are More Successful (il ne figure pas dans mon Tsundoku, je ne l’ai pas lu, je développe simplement tout un propos sur la base du titre d’un livre. Quel aplomb !).
Il semble donc que si nous détectons chez quelqu’un un trait qui nous semble positif, que ce soit la beauté ou un autre, nous allons avoir tendance à l’évaluer positivement sur d’autres aspects sans rapport. En simplifiant un peu : il est beau, il doit donc aussi être intelligent. L’inverse existe aussi : il est mal habillé, il doit être incompétent.
L’on comprend dès lors l’importance capitale de la fameuse “première impression” lors d’un processus d’entretien. L’on peut le déplorer, mais ne blâmons pas les recruteurs, c’est souvent bien inconscient — charge à chacun de prendre les mesures qui s’imposent pour que ce ne soit justement pas cette première impression qui s’impose ! J’ai moi-même passé quelques coups de fil pour simplement caler des rendez-vous pour des entretiens, et j’ai bien senti que la façon de répondre de chacun a commencé à former en moi une opinion.
Je pense qu’il y a dans tout processus impliquant des êtres humains une part de subjectivité liée à tous nos biais, et qu’il faut l’accepter. Cela ne veut pas dire que l’on ne peut pas prendre quelques mesures pour en diminuer un peu la portée, notamment pour ce qui est du recrutement. Pour l’effet de halo, il s’agira d’avoir une liste de choses que l’on veut évaluer et de la façon de le faire, et de faire rencontrer un candidat par plusieurs personnes pour que des déformations superposées de leurs halos respectifs finissent par reformer une image plus nette.
Bien sûr, cet effet ne joue pas que dans le recrutement. Chez moi, il marche à fond en littérature. J’adore Stefan Zweig, je pense que c’est un grand auteur, et je regarde donc chacun de ses textes avec un œil positif, et ne peux m’empêcher de penser que c’était sans doute une personne avec toutes les qualités que l’on peut rechercher. Je l’aurais embauché sans hésiter !
Si le sujet vous intéresse, vous pouvez en lire un peu plus sur mon site sur les biais cognitifs. (Öffnet in neuem Fenster) Voici aussi un lien vers un article sur le sujet. (Öffnet in neuem Fenster)
Et en conclusion sur le sujet, comme chacun de nos biais, l’effet de halo a ses vertus. Après tout, avoir tendance à apprécier quelqu’un sur la base de quelques qualités seulement, ce n’est pas si mal. Tout n’a pas à être parfaitement objectif dans la vie !