
Dès le début d’après-midi, le public britannique, pourtant clairsemé, se montre hyper enthousiaste et fair-play. Albion n’est pas si perfide, et la région de Sheffield, composée de hautes landes où paissent tranquillement des colonies de moutons, est idyllique, même sous ce ciel de plomb qui effleure le sommet des collines. Atmosphère de Highlands écossais et de “Wuthering Heights” (“Les Hauts de Hurlevent”). Ici on ne dit pas “thank you”, mais “ta!”, et on appelle tout le monde “love” ou “darling”, voire “flower”, avec un grand sourire. Convivial et rafraîchissant !

Première apparition européenne pour Aurélie Faula et Théo Belle. Ils patinent un programme cousu main sur “Within” de Daft Punk. Le triple twist d’entame est bon (niveau 2), mais Aurélie chute sur le triple Salchow parallèle. En mixed Zone, elle avouera avoir été victime d’un petit coup de stress. Il en faudrait plus pour la déstabiliser. Elle se reprend très bien pour réceptionner le même saut, en version lancée, sans un cheveu de travers. Le couple français est satisfait de sa prestation et il a raison. Les deux patineurs savent gérer l’enjeu. Avec 53, 66, ils sont pour le moment 13èmes.

Camille et Pavel Kovalev ont choisi “Une Vie d’amour” d’Edith Piaf. Leur triple twist n’arrive toujours pas à franchir le niveau 2, sans doute à cause de la descente, toujours heurtée. Le triple boucle piqué de Camille est réceptionné sur le quart, et légèrement désynchronisé. Le triple flip lancé est bon, mais le porté qui le précède est dégradé. La spirale dedans arrière n’obtient qu’un niveau 1. L’exercice est difficile et douloureux pour Camille, toujours en délicatesse avec son épaule. Le couple a la vie dure dans ce programme, mais ne lâche rien, bravo. 58.25 les classe 8èmes, soit derrière les surprenant Islandais Julia Sylvia Gunnarsdottir et Manuel Piazza (57.45) et les Franco-Suisses Oxana Vouillamoz et Thomas Bouvart. Le second duo entraîné par Claude Péri, qui évolue cette année sur un medley de Michaël Jackson, connaît une ascension régulière et rapide depuis sa formation. Leur triple twist est d’une hauteur exemplaire, l’amplitude du triple boucle lancé est remarquable, le porté, la séquence de pas, et la pirouette sont au niveau maximum, même si les GOEs ne montent pas très haut. La première moitié de leur prestation manque de rythme et de symbiose, mais la seconde colle parfaitement à la musique. 62.78 leur permet de rester un bon moment en tête, pour se classer ensuite 6èmes.
“Hold my Hand” de Lady Gaga est une chanson trop radio-générique pour mes oreilles, mais le programme est très bien construit avec des éléments posés exactement sur les variations de la musique. Les Allemands Annika Hocke et Robert Kunkel, élèves d’Ondrej Hotarek et Nolan Seegert (ancien partenaire de Minerva Fabienne Hase), ne font, par contre, guère d’effort d’interprétation. Etonnant lorsqu’on sait que leur chorégraphie est signée Anna Cappellini et Luca Lanotte, qui étaient maîtres en la matière pendant leur carrière de danseurs. Les éléments sont tous réussis, sauf un bout de carre manquant pour Annika à la réception du triple Salchow parallèle. Ils sont 4èmes (65.47).
Anastasiia Metelkina et Luka Berulava passent avant dernier sur la glace et avec eux, on monte dans les points et les tours. Leur “Boléro”, au contraire de celui de Kevin Aymoz n’a rien de très original. Ils compensent ce manque de créativité par la technique. Anastasiia retourne son triple flip lancé, punie par quelques grades négatifs, mais la pirouette qui perd son unisson, n’est pas sanctionnée, et tous les éléments ont le niveau maximum. Les Géorgiens prennent la tête (75.96).

Minerva Fabienne Hase et Nikita Volodin ne sont pas loin (74.81). Après un formidable triple twist, et un triple boucle lancé limpide, Minerva pose la main sur la glace à la fin du triple Salchow. D’autres grades sautent avec la pirouette, hésitante. Le reste des éléments est exécuté avec brio, mais ce programme ambitieux, sur “El Abrazo” de Maxime Rodriguez et Frederic Ruiz, qui a été conçu spécifiquement pour des Jeux Olympiques, ne supportera aucune erreur à Milan.

Maria Pavlova et Alexei Sviatchenko ont franchi un palier cette saison niveau création et interprétation. Ils en franchissent un nouveau ici à Sheffield, avec un parfait triple twist niveau 4. Cet élément leur avait posé problème par le passé, le voici maîtrisé. Leur T.E.S. est légèrement supérieur à celui des Allemands, mais la différence se fait sur les composantes. “Earth Song” de Mickael Jackson mériterait peut-être un peu plus de sensibilité. Ils sont provisoirement 3èmes (73.32).
Devant leur public qui s’époumone, Anastasia Vaipan-Law et Luke Digby effectuent une prestation, sur le très beau “Lighthouse” de Patrick Watson, beaucoup plus aboutie que celles qu’ils nous ont présentées depuis le début de saison. Tout est propre, aucun grade négatif, et ils sont les seuls, avec Valesi/Bidar (Tchéquie) et Ghilardi/Ambrosini (Italie) a tenté l’Axel, certes en double, mais celui des Britanniques sera aujourd’hui le seul totalement réussi. 63.98 les amène en 5ème position.
En l’absence de Sara Conti et Niccolo Macci qui ont très récemment déclaré forfait (Niccolo est blessé) , Rebecca Ghilardi et Filippo Ambrosini sont les seuls transalpins en lice. Leur “Volare” est d’un classicisme désuet, mais tout comme leurs compatriotes absents, ils semblent beaucoup apprécier ce genre de thématique. La chute de Rebecca sur le triple Luz lancé va leur coûter très cher, d’autant plus que leur tentative de double Axel vient de se solder par un retournement pour Filippo (59.40/7ème).
Par Kate Royan - Sheffield 14 janvier 2026
Classement provisoire et scores détaillés (Öffnet in neuem Fenster)