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Azincourt par temps de pluie | Jean Teulé

Terrible sentiment que celui de constater après avoir lu seulement quelques pages qu'une lecture fonce droit vers le mur de la déception. Déception que je vais devoir expliquer par le fait que Jean Teulé se caricature lui-même, sans me caricaturer moi-même, ce qui ne sera pas une mince affaire...

Je me rappelle voir l'ouvrage promu dans le métro, à Saint-Paul où je le prends pour aller gagner l'argent que je convertirai en livre et m'être dit "tiens, un nouveau livre de Jean Teulé, j'avais beaucoup aimé Charly 9, pourquoi ne pas le lire", et hop, dans le Tsundoku — ou à tout le moins, dans ce que j'avais d'approchant à l'époque. Bon, il s'agit aussi de son dernier livre ou presque, puisqu'il mourra quelques mois après sa parution.

J'avais trouvé Charly 9 drôle. Le huis-clos de la cour française au moment de la Saint-Barthélemy, le décalage entre la modernité des dialogues et l'époque — qui n'est pas sans rappeler Chevalier, dont j'ai décidé qu'il s'agit de mon film préféré — rendaient très bien la folie de l'entreprise. J'espérais retrouver un peu de cela dans Azincourt par temps de pluie.

Et je me suis très vite dit que j'allais y retrouver trop de tout cela. Trop de décalage, trop d'absurdité, et que cela allait tomber, cette fois, à plat. Et j'ai été, en plus, assez vite agacé aussi je dois le dire par un personnage qui joue le rôle d'oracle en contredisant les décideurs de la bataille d'une manière qui en prophétise tous les échecs, procédé avec lequel je ne suis à l'aise que quand il n'est pas totalement cousu de fil blanc, ce qui est difficile1.

Le livre se laisse lire, il retranscrit bien la morgue française et l'inventivité anglaise qui ont décidé de l'issue de la bataille, et c'est probablement beaucoup moins rasoir que ne peuvent l'être certains cours d'histoire.

Mais c'est pour ma part un livre qui m'a plutôt mis face à moi comme aspirant auteur, à ma sempiternelle angoisse de la répétition, au piège que j'imagine de trouver la formule qui fonctionne et de la répéter ad nauseam. Bon, pour cela, il faudrait déjà avoir trouvé la formule qui fonctionne... Et qui m'a surtout donné envie dans un sujet qui m'intéresse et que je n'ai jamais creusé vraiment : l'histoire de la stratégie militaire. Vaste sujet que par modestie je n'ajouterai pas à la liste de ceux qui doivent être traités ici — pour l'instant — en ayant déjà tant d'annoncés et de jamais évoqués encore, par exemple, les échecs.

Recommandation conclusive : si vous n'avez jamais lu Jean Teulé, lisez Charly 9.

P.S. : si vous connaissez un fan de Jeanne d'Arc, il s'intéressera peut-être à cet article : pas d'Azincourt, pas de Jeanne d'Arc !

  1. L'on pourrait objecter à raison que tout le monde connaissant l'issue de la bataille d'Azincourt pour l'avoir apprise à l'école, ce pourrait être pour l'auteur l'occasion de se moquer du procédé. Auquel cas ma remarque en dit surtout beaucoup sur ma concentration en cours d'histoire...

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