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Le Musée du Prado à Madrid

Cet article ne sera pas illustré, du moins pas par des photos que j'aurais prises, et le fait qu'il ne le soit pas constitue sa raison d'être.

Le Musée du Prado héberge quelques-unes des œuvres majeures de l'histoire de l'art, et notamment le fameux triptyque Le jardin des délices de Jérôme Bosch. Il est possible de l'admirer en très haute résolution sur internet, par exemple ici (Si apre in una nuova finestra).

Mais le musée du Prado interdit de le prendre en photo. C'est le rôle essentiel des gardiens postés dans les différentes salles : veiller au silence, et veiller à ce que personne ne prenne la moindre photo d'aucune œuvre.

Interdiction de prime abord parfaitement incompréhensible, puisque quasiment toutes les œuvres exposées appartiennent au domaine public. L'on perçoit d'ailleurs le désarroi des nombreux touristes qui comme nous en parcourent les allées, habitués qu'ils sont à photographier le moindre tableau croisé.

Nous finîmes par demander à l'une des gardiennes de salle la raison de cette interdiction, que je vous livre : "le respect des œuvres". Il ne fallait pas m'en dire plus pour que cet article s'inscrive dans la continuité de mes articles précédents, sur Renoir ou Martin Parr.

L'honnêteté m'oblige à indiquer que la raison officielle invoquée par la direction du musée est de préserver la qualité des visites, en évitant par exemple les congestions dues aux multiples selfies. Pas certain toutefois que l'on gagne au change avec des gardiens qui se jettent sur le moindre touriste avec un smartphone tendu vers un tableau en criant "Pas de photo !".

Reste que cette interdiction dit quelque chose de ce qu'un musée pense qu'il doit être : un lieu moderne de recueillement (le Prado recommande aussi sur son site de parler à voix basse). Pas un endroit où l'on vient cocher des cases en photographiant des œuvres qu'il faut avoir vues pour prouver que nous les vîmes.

Ce constat permet de boucler la boucle avec le triptyque de Bosch. C'est une œuvre tout à fait mystérieuse, dont les multiples petits détails (que le Prado ne se prive pas de vendre en objets dérivés) génèrent mille questions et discussions. Il semble que c'était déjà à l'époque, l'objet de cette peinture : faire parler la cour du noble qui l'a commandée. Dans cette fonction, il traverse les âges, puisqu'il fait encore parler de nos jours. En voulant faire du musée un lieu de recueillement, ne prive-t-on pas l'art d'une de ses vertus essentielles, provoquer des discussions ?

Autrement dit, plutôt que d'être une église — ou un temple, ou autre — dans laquelle la vérité vient d'en haut et les fidèles doivent se recueillir, les musées ne devraient-ils pas être des forums, au sein desquels tous dialoguent sur un pied d'égalité ?

Au moins dans une église, on a le droit de faire des photos !

P.S. : un ami voudrait vivre dans un jardin de délices dans lequel les photos sont interdites ? Parlez-lui de cet article !

Cette photo n'est pas de moi !

Argomento Exposé d'une exposition