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L’écriture ou la vie | Jorge Semprun

Ou comment le titre d’un livre peut vous tromper. Comme je l’explique dans l’article qui introduit cette série, lorsque je commence un livre, je n’ai généralement pas d’idée précise de ce qu’il contient et ne sais plus pourquoi il s’est retrouvé dans mon Tsundoku.

Pour celui-ci en particulier, le titre (que je trouve très beau) flottait dans mon esprit depuis des mois voire des années, et pour une raison obscure, j’ai toujours considéré le “ou” du titre comme une équivalence — celle de Vendredi ou la vie sauvage.

Je pensais donc qu’il montrerait à quel point écrire, c’est vivre. Quelle erreur ! Le “ou” du titre, c’est celui de “la bourse ou la vie”, un “ou” exclusif. Pour l’auteur, l’écriture, c’était la mort, celle qu’il a vécue à Buchenwald, et vivre nécessitait de renoncer à écrire. J’ai mis un peu de temps à le percevoir, et la prise de conscience ne m’en a rendu le livre que plus beau.

Ce qui sera finalement une description en creux de la vie à Buchenwald est un livre magnifique sur la capacité des humains à revenir d’entre les morts, le bien que l’on peut faire aux autres, parfois malgré eux, dans les pires situations, et finalement, le pouvoir des mots et de l’écriture. C’est aussi un livre qui donne des pistes pour un rapport sain au monde des idées, sur la façon dont on peut en apprécier la beauté sans tentation totalitaire.

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