Saltar para o conteúdo principal

Championnats du Monde Prague 2026 - Court femmes - Lutte pour la couronne tchèque…

© Alice Alvarez
© Alice Alvarez - Kaori Sakamoto

L’Arena O2 de Prague est en tous points magnifique : rotonde tout en verre et acier, une coursive centrale bordée de plantes vertes exotiques côté extérieur qui lui donne un air d’aquarium de luxe géant ; l’intérieur n’est pas en reste avec ses couleurs vives sur fond de marine lumineux. Réputée pour être la plus grande salle de spectacle art et sports du pays, l’acoustique y est réputée, à raison vu sa qualité. Elle est aussi très bien remplie, cette Arena, dès les premiers groupes, ce qui est assez rare pour être souligné. Un minuscule drone suit les patineuses en fin de programme (et pendant la période d’échauffement), offrant de très belles images sur le Jumbotron. N’empêche que, vu du pigeonnier qui nous sert de tribune de presse au sommet de la patinoire, l’engin ressemble à une mouche aussi tenace que silencieuse !

Kaori Sakamoto est la patineuse la plus applaudie de toutes à son entrée aux six minutes. Le volume augmente d’un cran quand elle prend la glace pour son court. “Con Te Partiro"/Time to Say Goodbye”. Oh comme je déteste cette chanson, et comme elle arrive quand même à me la faire aimer, tellement symbolique, à en avoir les larmes aux yeux. Car cette fois, c’est vraiment sa dernière compétition. Pas une seule scorie dans ce programme : triple Lutz, double Axel, triple flip/triple boucle piqué. Elle le veut son dernier titre mondial. Le patinage, comme la femme et sa personnalité, sont fantastiques. Toujours aussi puissante, volontaire, gracieuse et efficace. Pas étonnant qu’elle et Amber Glenn aient un tel respect l’une pour l’autre, elles sont faites du même bois, solide, inusable, vivace, la volonté ancrée dans la glace comme des racines. 79.31, Season Best ! Beaucoup de gens se lèvent dans les tribunes pour saluer la Reine japonaise et sa première place provisoire.

© Alice Alvarez
© Alice Alvarez - Mone Chiba

Pour Mone Chiba, pas facile de passer tout de suite après son aînée. “Last Dance” de Donna Summer, fleuron du disco, est un thème qui remporte facilement l’adhésion du public. Frais, enlevé, léger sur le fond comme dans la forme, la prestation n’a cependant pas le savoir-faire et la subtilité de beaucoup de celles de ses concurrentes. Mais tout va vite, très vite, on n’a pas le temps de respirer. Elle, si, visiblement, puisqu’elle tient le choc sans faiblir. Triple flip/triple boucle piqué, double Axel , triple Lutz, le tout aussi propre que Kaori. Mone elle aussi décroche son Season Best avec 78.45 et la seconde place.

© Alice Alvarez
© Alice Alvarez - Amber Glenn

Amber Glenn était au lit avec de la fièvre il y a une semaine. Dire qu’elle est guérie est un euphémisme. “Like a Prayer” est une chanson au tempo marqué, et la version choisie est plus intéressante que l’originale de Madonna, avec une belle partie orchestrée. Le triple Axel passe (le seul de la journée) mais les grades d’exécution ne montent pas, bien qu’il n’y ait pas d’erreur notable. Le triple boucle piqué combiné au triple flip, est, lui, atterri sur le quart et donc dégradé, en attendant un triple boucle impeccable. La step sequence est peut-être un peu lente pour le rythme musical, mais je chipote. Puissance, maturité, élégance, personnalité affirmée, militante engagée, Amber est une patineuse à part. A la fin de son programme elle est littéralement acclamée. Avec 72.65, elle est assez loin de ses meilleurs scores, mais s’installe quand même confortablement au 3ème rang. En conférence de presse elle dira avoir entendu des gens l’encourager bruyamment en début de performance et d’autres pousser des “chuuuut” alarmés, ce qui l’a fait sourire intérieurement. On peut être hyper concentrée, tout en restant connectée au public.

Je supporte le programme d’Isabeau Levito (“In Your Arms”) jusqu’à ce que démarre “Zou Bisou Bisou”… Trop de minauderies et de fausse ingénuité. Je sais qu’elle affectionne particulièrement ce genre de thèmes surannés, et d’aucun diront qu’ils lui vont comme ses longs gants de star. Mais être un peu éclectique et se renouveler ne lui ferait pas de mal. Isabeau est naturellement élégante (sauf dans la préparation de ses sauts), vive, pétillante et beaucoup moins sage qu’elle n’en a l’air. Ce dernier point serait pertinent à exploiter. Je rêve de la voir déjantée sur du rock bien saignant, du disco échevelé, du hip hop ou du rap, de la pop électrique, bref quelque chose de moins lisse que ses chignons d’où pas un cheveu ne dépasse. Sa seule bévue est une carre incertaine du triple Lutz en combinaison avec triple boucle. Le reste est parfait. Elle est 4ème (72.16).

Le thème de Nina Pinzarrone, “Send in the Clowns”, a déjà beaucoup servi en patinage, voire trop. Mais elle a assez de talent pour ne pas tomber dans le pathos facile. Sa chorégraphie, oeuvre de Benoït Richaud, est aussi sobre que son style. Aucune erreur non plus pour elle, avec double Axel, triple Lutz/triple boucle piqué, et triple boucle, très clean. Avec 71.82 (5ème), elle est la première de l’après-midi à battre son SB (68.97) mais aussi son record personnel.

Avec triple flip/triple boucle piqué, double Axel et triple Lutz, Anastasiia Gubanova est remontée comme un coucou suisse, c’est à dire régulière dans l’effort, mais un peu lente. “San Sanana” de Any Malik dégageait déjà un doux parfum d’appropriation culturelle en début de saison, rien ne s’est amélioré. Anastasiia en fait un peu trop et son costume surchargé de pierreries n’arrange rien. Son budget points est à peine entamé par une micro erreur sur l’avant-dernière pirouette. Un score de 69.92 la classe en 6ème position.

Lara Naki Gutmann a choisi une partition extraite de “La Loi de Lidia Poet” (série italienne) dans une tenue très appropriée, noire doublée de rouge, à l’image des goûts de la première avocate de l’histoire de son pays. Triple boucle piqué/triple boucle piqué, “Tano” (un bras en l’air), double Axel, triple Lutz “Rippon” (les deux bras au-dessus de la tête), que je crois en sous rotation mais qui n’écope que de quelques GOEs négatifs, et 69.33 lui permettent de d’occuper le 7ème rang. Quelque chose me dit qu’on entendra beaucoup parler de cette grande demoiselle à l’avenir. Grande (1m70) par la taille pour le moment, mais le talent est là, la technique aussi, de quoi devenir une grande patineuse tout court au niveau mondial.

Quelqu’un peut-il expliquer à Ami Nakaï que, du moins pour les première et dernière parties de son programme, la Strada n’est pas un thème joyeux ? Gelsomina, l’héroïne du célèbre film de Fellini, est une simple d’esprit, joviale et naïve à ses heures, mais qui traverse nombre d’épreuves et finit abandonnée au bord de la route. Pas de quoi avoir un sourire jusqu’aux oreilles pendant plus de deux minutes Aussi bon que soit son patinage, cette erreur d’interprétation, m’agace. Ami loupe son triple Axel pour le passer en double, mais tout va bien ensuite. Son talent et sa joie de patiner sont évidentes, mais elle se laisse un peu embarquer dans l’excès d’un patinage qui reste junior (69.10, 8ème).

Sarah Everhardt évolue sur le très celtique “Reel Around the Sun” de Bill Whelan qui enchante le public. Elle aussi nous offre une prestation très propre, mais le tempo endiablé mériterait un peu plus d’élan et de conviction. Coachée par Papa Malinin en personne, pour sa première participation à des Mondiaux (après la défection d’Alysa Liu et le retrait de Braddie Tennell), elle est 9ème (68.74), ce qui est un très bon résultat.

Haein Lee, seconde Coréenne de la journée à se présenter patine tout en légèreté, dans une magnifique robe gris bleuté ornée de perles, sur “Sirens” de Christopher. Elle paraît très confiante, jusqu’à la séquence de pas finale durant laquelle la musique semble l’écraser. 68.50 récompense une prestation agréable dont elle se dit contente (10ème). Quand “Criminal Tango” démarre, Niina Petrokina, double championne d’Europe en titre, a le regard déterminé d’une tueuse à gages qui veut réussir sa mission. Rapide, bien dans la glace, elle écope d’un quarter sur le triple Lutz de sa combinaison. 11ème avec 67.29, elle est légitimement déçue.

Sofia Samodelkina et son “Czardas Caprice” passent tous ses sauts en “Rippon”. Et trop d’une même ficelle use la ficelle… Mais le thème est très bien travaillé, avec un costume et une chorégraphie adaptés. Il est également bien interprété avec ralentissements et accélérations, mais plus souvent sur deux pieds que sur un seul. (66.95, 12ème).

© Alice Alvarez
© Alice Alvarez - Lorine Schild

Lorine Schild, aujourd’hui, paraît plus relâchée et plus expressive que d’habitude. Son “Stairway to Heaven” a pris du corps et de l’ampleur. Elle nous offre un programme tout propre avec triple Lutz/triple boucle piqué, double Axel et triple boucle. La séquence de pas finale, construite sur un crescendo rock de la musique, mériterait une gestuelle plus marquée, mais des progrès ont été faits dans ce sens tout au long de la saison. Dommage qu’un dépassement de temps lui coûte un point de déduction. Le jour où Lorine sortira de sa réserve naturelle, elle gravira rapidement les échelons. La technique est là, elle gère mieux son stress, ne lui manque que l’expression. Sa haute taille (1m75), sa silhouette longiligne et ses longs membres, sa fluidité, lui donnent un air de Carolina Kostner. On lui souhaite le même palmarès ! Avec 59.14, elle occupe pour le moment la 17ème place. Soit devant des concurrentes plus aguerries comme Ekaterina Kurakova (19ème), ou Julia Sauter (23ème) à qui un simple Lutz coûte très cher.

Par Kate Royan - Prague, 25 mars 2026

Scores détaillés (Abre numa nova janela)

Tópico Articles