Saltar para o conteúdo principal

Elites Briançon 2025 - Interview Evgeniia Lopareva et Geoffrey Brissaud : “Notre danse libre n’est plus la même qu’en début de saison”

© Alice Alvarez
© Alice Alvarez

(Scroll down for English version)

Patinage Magazine : Vous êtes élèves de ce qu'on peut appeler la plus grande école de danse sur glace mondiale. Vous évoluez au quotidien avec les meilleurs danseurs internationaux. Comment se passe une journée type chez I.A.M. ?

Geoffrey Brissaud : On commence généralement par une séance de "stroking" de quinze minutes avec quatre autres couples sur la piste. Il nous arrive même d'échanger nos partenaires juste pour l'exercice. D'un jour à l'autre, en fonction de nos plannings respectifs, les cinq couples ne sont pas les mêmes. Ensuite, les coaches se répartissent le travail. On a la chance de beaucoup travailler avec Marie [Marie-France Dubreuil] et Patch [Patrice Lauzon] en ce moment, mais aussi avec Emilie Josset, Samuel Chouinard et Ginette Cournoyer. Emilie est professeur de théâtre, elle fait aussi du doublage. On travaille beaucoup l'interprétation avec elle, c'est elle qui a créé l'histoire de notre programme libre. Sam et Gigi sont des coaches de danse.

Evgeniia Lopareva : On passe environ trois heures sur la glace, et une heure à une heure et demi à travailler en dehors. Hors glace, on fait essentiellement du ballet, de la danse contemporaine, du stretching.

Geoffrey : On aime bien aussi répéter nos programmes au sol.

P.M. : Avez-vous beaucoup modifié vos programmes depuis le début de saison ?

Geoffrey : Oui ! Je crois que le libre n'est plus le même que celui que tu as vu en août ! (rires) Les éléments sont restés à peu près similaires, mais les transitions ont beaucoup changé. Pas dans la danse rythmique mais dans la danse libre.

Evgeniia : Tu as dit "modifier beaucoup de choses", et en fait, je ne saurais même pas te dire quoi ! (rires) Ca change tout le temps. Après chaque compétition, on se dit ceci ou cela pourrait être mieux réalisé. Tout évolue naturellement pendant toute la saison.

P.M. : Votre objectif pour cette saison ? Vous me dites tout le temps que vous n'en avez pas de précis, que vous vous attachez surtout à la meilleure performance possible. Mais là, il faut m'en citer un pour une fois ! (rires)

Evgeniia (avec un petit sourire malicieux) : Si, si on a un objectif : être tout le temps la meilleure version de nous mêmes ! (rires)

P.M. : Ah non, trouve moi autre chose !

Geoffrey : Marie nous répète souvent ceci : il faut qu'on se prépare à être un jour champions du monde. C'est un objectif qui me plaît ! J'aime vraiment beaucoup l'idée.

P.M. : Il y a une échéance ?

Geoffrey : Non. On a tout notre temps. En gros, il faut qu'on patine comme des champions du Monde pour le devenir. Ca veut dire aucune erreur, des programmes ultra propres.

P.M. : Quel genre de musique écoutez vous en dehors de la glace ?

Evgeniia : De tout ! Il n'y a aucun genre que je n'écoute pas.

Geoffrey : Oui vraiment de tout, on aime tous les styles différents. On aime la musique pour elle-même.

P.M. : Que faites vous quand vous n'êtes pas sur les patins ?

Evgeniia : Je danse ! Je danse tout le temps ! On passe en fait beaucoup de temps ensemble, pas seulement pour danser, mais pour développer notre énergie commune, notre connexion.

P.M. : Cette connexion, on vous a reproché longtemps de ne pas l'avoir, ou de ne pas en avoir assez. Elle s'est beaucoup améliorée. Comment avez-vous fait ?

Geoffrey : On a beaucoup travaillé là-dessus. On a commencé par se regarder d'avantage. On nous a dit : "vous vous regardez, mais vous ne vous voyez pas, tout ça manque de profondeur". Cette année, on a trouvé cette profondeur. On s'attache aussi à beaucoup s'amuser car si on s'amuse, ça devient communicatif. Entre nous, mais aussi auprès de ceux qui nous regardent. Ce n'est pas venu du jour au lendemain, mais à présent, on y arrive.

Evgeniia : Cette saison, nous sommes vraiment entrés dans le détail grâce à de la préparation mentale. Parfois, à la fin d'une compétition, notre coach remarque : "là c'était très bien. Qu'avez vous senti de différent par rapport à la compétition précédente ?" On analyse ce qui nous a aidés à nous sentir mieux ensemble, à ce qu'on a éprouvé précisément sur la glace, puis on fait un collage de toutes ces petites choses. On s'est construit une bulle dans laquelle on est tout de suite connectés.

Geoffrey : Cet été, il s'est passé un petit truc, on était prêts tous les deux en même temps à communiquer l'un avec l'autre. On a choisi un programme qui est très ambitieux, qui se doit d'être intime. On l'a fait au bon moment, quand on était prêts moralement et ça a matché parfaitement. Ce programme libre, c’est un programme olympique. Il sera vraiment à maturité aux Jeux. Bien sûr, on voulait qu’il soit au top en début de saison. Mais il y a aussi ce côté “il faut être prêt" au bon moment”, une saison olympique est une saison particulière.

P.M. : Puisqu’on parle des Jeux Olympiques, vous allez poursuivre jusqu’en 2030 ?

Evgeniia : Oui, bien sûr, les J.O. auront lieu en France, on ne voudrait pas rater ça !

Geoffrey : En plus, à Nice ! La glace et la mer : le rêve ! Tu parlais tout à l’heure d’une musique qu’on aurait en tête mais qu’on ne patinerait peut-être pas ou pas tout de suite. Evgeniia veut absolument patiner un jour sur “La Liste de Schindler”.

Evgeniia : On a déjà le montage musical. Ca fait au moins quatre ans je crois. Il a été fait par Cédric Tour et il est incroyable !

Geoffrey : Mais c’est compliqué de patiner sur ce thème. C’est le genre de programme avec lequel tu as interdiction de te louper. C’est pour ça que chaque année, on y pense puis…

Evgeniia : Chaque année, je dis : '“alors c’est pour cette saison ?”

Geoffrey : Chaque fois qu’on écoute ce montage, on sait qu’il est fait pour nous. Mais c’est plus moi qui suis un peu réticent. J’aime beaucoup cette musique et l’histoire qu’elle porte mais par exemple en ce moment, ce serait un peu délicat pour un tas de raisons. C’est le débat qu’on a eu cette année. On veut en faire une masterclass, donc il faut trouver le moment adéquat.

Propos recueillis par Kate Royan - Briançon, le 19 décembre 2025

Patinage Magazine: You are students at what can be called the biggest ice dance school in the world. You train daily with the best international dancers. What does a typical day at I.A.M. look like?

Geoffrey Brissaud: We usually start with a fifteen-minute 'stroking' session with four other couples on the ice. Sometimes we even switch partners just for the exercise. From day to day, depending on our respective schedules, the five couples are not the same. After that, the coaches divide up the work. We are lucky to work a lot with Marie [Marie-France Dubreuil] and Patch [Patrice Lauzon] at the moment, but also with Emilie Josset, Samuel Chouinard, and Ginette Cournoyer. Emilie is a theater teacher and also does voice acting. We work a lot on interpretation with her; she created the story for our free program. Sam and Gigi are dance coaches.

Evgeniia Lopareva: We spend about three hours on the ice, and an hour to an hour and a half working off-ice. Off the ice, we mainly do ballet, contemporary dance, and stretching.

Geoffrey: We also like to practice our programs on the floor.

P.M.: Have you changed your programs a lot since the beginning of the season?

Geoffrey: Yes! I think the free program isn’t the same as the one you saw in August! (laughs) The elements have stayed roughly the same, but the transitions have changed a lot. Not in the rhythm dance, but in the free dance.

Evgeniia: You said "change a lot of things," and actually, I wouldn’t even know what to tell you! (laughs) It’s always changing. After each competition, we say that this or that could be done better. Everything evolves naturally throughout the season.

P.M.: Your objective for this season? You always tell me that you don’t have a specific one, that you focus mostly on achieving the best performance possible. But this time, you have to give me one! (laughs)

Evgeniia
(with a mischievous little smile): Yes, yes, we do have a goal: to always be the best version of ourselves! (laughs)

P.M.: Oh no, give me something else!

Geoffrey: Marie often reminds us of this: we have to prepare to be world champions someday. It’s a goal I like! I really love the idea.

P.M.: Is there a deadline?

Geoffrey: No. We have all the time in the world. Basically, we have to skate like world champions to become world champions. That means no mistakes, ultra-clean programs.

P.M.: What kind of music do you listen to off the ice?

Evgeniia: Everything! There's no genre I don't listen to.

Geoffrey: Yeah, really everything, we like all different styles. We enjoy music for itself.

P.M.
: What do you do when you're not on blades?

Evgeniia: I dance! I dance all the time! We actually spend a lot of time together, not just dancing, but to develop our mutual energy, our connection.

P.M.: This connection, people used to criticize you for not having it, or for not having enough of it. It has improved a lot. How did you do?

Geoffrey: We worked a lot on this. We started by looking at each other more. We were told: "You look at each other, but you don't really see each other; it all lacks depth." This year, we found that depth. We also focus on having a lot of fun because if we enjoy ourselves, that becomes contagious—between us, but also with those watching us. It didn't happen overnight, but now we can do it.

Evgeniia: This season, we really got into the details thanks to mental preparation. Sometimes, at the end of a competition, our coaches say: "That was very good. What did you feel differently compared to the previous competition?" We analyze what helped us feel better together, what we specifically experienced on the ice, and then we piece together all these little things. We've created a bubble where we are immediately connected.

Geoffrey: This summer, a little thing happened, we were both just ready at the same time to communicate with each other. We chose a program that is very ambitious, that has to be intimate. We did it at the right moment, when we were mentally ready, and it clicked perfectly. This free program is an Olympic program. It will truly reach its full potential at the Games. Of course, we wanted it to be at its best at the beginning of the season. But there’s also this aspect of 'you have to be ready' at the right moment; an Olympic season is a special season.

P.M.: Since we're talking about the Olympic Games, are you planning to stay until 2030?

Evgeniia: Yes, of course, the Olympics will be in France, we wouldn’t want to miss that!

Geoffrey: And in Nice, too! Ice and the sea: a dream! Earlier, you were talking about music we’d have in mind but might not skate to, or not now. Evgeniia really wants to skate one day to “Schindler’s List.”

Evgeniia: We already have the musical edit. I think we have had it for at least four years. It was done by Cédric Tour, and it’s amazing!

Geoffrey: But it’s complicated to skate to that theme. It’s the kind of program where you’re not allowed to mess up. That’s why every year, we think about it and then…

Evgeniia: Every year, I say, 'So, is it for this season?'

Geoffrey: Every time we listen to this mix, we know it was made for us. But it's more me who's a bit hesitant. I really like this music and the story it tells, but for example, right now it would be a bit tricky for a bunch of reasons. That's the debate we had this year. We want to make it a masterclass, so we have to find the right moment.

By Kate Royan - Briançon, December 19 2025