Il s'agit de la nouvelle que j'ai préférée dans le recueil intitulé Le livre de sable, qui m'a, comme je le racontais auparavant, reconnecté avec Borges.
C'est une nouvelle assez méta pour ce qui est de Borges lui-même : elle ouvre une très profonde réflexion en très peu de mots, et c'est exactement de ceci qu'elle parle, comme vous pourrez très facilement le constater en la lisant ou la relisant ici (S'ouvre dans une nouvelle fenêtre).
Cette nouvelle me donne l'occasion de raconter un peu ma vie, puisque, comme vous l'aurez noté, j'entretiens un rapport de "je t'aime / moi non plus" avec l'autofiction.
Ce ne sera pas un long récit, juste une remarque de transition. J'ai pendant quelques mois été employé d'un tout petit cabinet de conseil dont la devise — les entreprises comme incarnation moderne des seigneuries féodales ? — était une citation de Léonard de Vinci :
"Simplicity is the ultimate sophistication."
Puisqu'il est bien connu que Da Vinci1 parlait l'anglais moderne, et qu'on est toujours plus crédible en entreprise en utilisant la lingua franca du monde des affaires, même quand on est 5 et que nos clients sont exclusivement des entreprises publiques françaises.
Motto qui fait écho à une autre citation bien connue d'Antoine de Saint-Exupéry :
"Il semble que la perfection soit atteinte non quand il n'y a plus rien à ajouter, mais quand il n'y a plus rien à retirer."
Et que l'anglais moderne et le monde de l'entreprise ont poussé à son paroxysme dans la formule autoréférentielle
LESS IS MORE.
Je pense que c'est tout ce fond culturel que cette brève nouvelle a remué en moi, ainsi qu'une certaine sensibilité à l'idée qu'il existerait LA formule. Qu'en tout cas, le sens de la formule est un élément essentiel du discours, et une quête dans laquelle je pense m'être lancé. Et que plus que toutes les décorations, ce serait cette formule qui aurait un effet définitif. Il suffirait que mon futur roman contienne une formule définitive pour qu'il soit réussi.
Il y a probablement du paradoxe aussi (même si c'est un mésusage de ce mot) entre cette aspiration, et ce que j'écris régulièrement ici, qui l'est plutôt au fil de la plume, sans effort ex post d'édition, de simplification. Cette infolettre est aussi un travail de recherche, et les allers-retours qu'elle génère ont de la valeur.
Tout cela pour dire que j'espère, un jour, au détour d'une phrase, faire un effet pas très lointain, mais bien sûr moins radical, de celui du poète de la nouvelle. Si jamais ça a été le cas, faites-le moi savoir ! Et sinon, à tout le moins, je suis curieux de ce que vous, vous considérez comme une formule quintessentielle.
P.S. : demandez à un ami qui a le sens de la formule ce qu’il pense de cet article.

De Vinci doit être, avec Einstein, l'un de ceux à qui l'on attribue à tort un nombre incalculable de citations, y compris celle-ci. Néanmoins, une astuce pour le futur, si quelqu'un vous dit "Einstein a dit", il y a 9 chances sur 10 pour que ce soit faux, et 1 chance sur 10 pour que la citation, bien qu'authentique, soit totalement sortie de son contexte et trahisse la pensée d'Einstein. ↩