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L'art à l'état gazeux | Yves Michaud

De la philosophie, de l'art, un cadeau de ma femme, voilà un ouvrage placé sous les meilleurs auspices. Dont je termine la lecture avec le sentiment qu'il a fait progresser ma réflexion, qu'il s'est avéré, sous quelques aspects, visionnaire, et dont j'ai apprécié la posture à la fois érudite sans ostentation, et plutôt descriptive, loin des anathèmes ou de la dithyrambe qui accompagnent souvent le sujet clivant de l'art contemporain.

Cela reste néanmoins un essai philosophique de niche, ce qui le rend particulièrement difficile à chroniquer en tant que livre. Je peux bien sûr en recommander chaudement la lecture à tous ceux que le domaine de l'art contemporain intéresse ; tout ce qui y est dit sur son histoire récente et sa posture actuelle est très pertinent.

Par exemple, quiconque est déjà allé au Palais de Tokyo, à Paris, en se demandant un peu ce qu'était cet endroit, sera sans doute sensible à sa description comme forme ultime de l'art contemporain1.

Et bien sûr, cet essai donne des éléments qui permettent d'aller au-delà des habituelles considérations sur l'esthétique disons discutable de nombreuses œuvres de nos jours — c'est même tout son point.

C'est donc en toute logique que la question qui va sous-tendre le reste de cet article est : quel genre de touriste êtes-vous ? Ce qui est parfaitement logique. En effet, avant d'être un essai sur l'art contemporain, ce livre est un essai sur l'esthétique. Et comme le fait fort justement remarquer Yves Michaud,

"l'expérience touristique, dans sa nature même, est «esthétique», qu'on entende le terme au sens étymologique de sensibilité et de réceptivité (l'aisthesis grecque), au sens courant (pour se référer à tout ce qui touche à l'art en général) et même au sens proprement et hautement artistique (l'expérience de l'art). Le touriste est à la recherche de sensations hors de tout intérêt utilitaire et il fait ses expériences pour le plaisir, pour « avoir» ces expériences et jouir d'elles. Ce régime de vie est tout entier sous le signe de l'attitude esthétique, avec la prise de distance qui la caractérise."

Cela fait-il d'un quarantenaire bedonnant en marcel et tongues dans un camping de la Grande-Motte un esthète ? Cette question fait-elle de moi un snob ? Deux questions difficiles, et qui ne rendent pas justice à la pertinence du propos : le touriste moderne est un esthète qui cherche par l'éloignement l'esthétique qu'il n'est plus capable de voir dans son quotidien.

Et c'est peut-être cela, la chose la plus pertinente que j'ai à dire après la lecture de ce livre, et après quelques allers-retours pour trouver le bon angle et surmonter l'angoisse de la page blanche : ne soyons pas des touristes 5 semaines par an. Chaque moment de vie, même le plus banal, devrait avoir une immense portée esthétique. Et nous serions ainsi d'éternels vacanciers.

P.S. : Si vous avez un esthète dans votre entourage, demandez-lui son avis sur cet article !

  1. Yves Michaud met les mots qui expliquent mon inconfort : le Palais de Tokyo étant architecturalement conçu comme une friche, et exposant un art parfois très conceptuel, nous n'y sommes que difficilement en mesure de distinguer une œuvre d'art de travaux en cours dans le bâtiment...

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