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Le suivi en temps réel de la pollution routière pourrait transformer les politiques climatiques urbaines

En combinant données issues de caméras de circulation et téléphones mobiles, une équipe de recherche développe une cartographie des émissions à haute résolution, offrant un nouvel outil pour réduire la pollution de manière plus rapide et ciblée.

Par Sarah DeWeerdt (S'ouvre dans une nouvelle fenêtre)

Des feux de signalisation à côté d'une voiture dont le conducteur utilise son téléphone comme GPS.

Les études antérieures portant sur le trafic urbain tendent à sous-estimer les émissions liées au transport routier, selon une nouvelle recherche qui s’appuie sur des images de caméras de circulation et des données de téléphonie mobile pour produire une analyse à la fois fine et étendue.

Cette méthodologie répond à un besoin urgent de stratégies rentables permettant d’évaluer l’efficacité des politiques de décarbonation, telles que la tarification de la congestion.

« Les émissions liées au trafic sont beaucoup plus hétérogènes que ce que l’on suppose généralement », explique Songhua Hu (S'ouvre dans une nouvelle fenêtre), spécialiste du transport durable à City University of Hong Kong, qui a mené ces travaux dans le cadre d’un postdoctorat au Massachusetts Institute of Technology. « Elles varient d’un îlot urbain à l’autre et d’une heure à l’autre, et ces variations sont déterminantes tant pour les politiques climatiques que pour l’exposition des populations. »

Songhua Hu et ses collègues ont combiné plusieurs sources de données dans leur analyse du trafic dans l’arrondissement de Manhattan à New York, notamment des images provenant de 331 caméras de circulation et des données de localisation anonymisées issues de plus de 1,75 million de téléphones mobiles. Ces données ont été intégrées à un modèle d’émissions par véhicule afin de produire une cartographie hyperlocale des émissions en quasi-temps réel.

Selon l’équipe de recherche, cette approche offre un niveau de détail supérieur aux estimations à l’échelle de la ville (S'ouvre dans une nouvelle fenêtre), tout en étant plus applicable et extensible que les méthodes reposant sur l’installation de capteurs d’échappement sur des véhicules individuels.

Globalement, les estimations d’émissions de monoxyde de carbone (CO), de dioxyde de carbone (CO₂), d’oxydes d’azote (NOₓ) et de particules fines (PM2,5) sont de 23 % à 49 % plus élevées que celles de Environmental Protection Agency des États-Unis. Ces nouvelles estimations présentent toutefois une bonne corrélation avec les mesures réelles issues des capteurs de qualité de l’air, bien que ceux-ci soient peu nombreux à l’échelle de la ville.

L’équipe a utilisé les images des caméras de circulation pour analyser les variations de vitesse et de flux de trafic en fonction des cycles des feux de signalisation, un facteur déterminant des émissions (S'ouvre dans une nouvelle fenêtre) qui a été largement négligé dans les études précédentes.

« Ce qui ressort le plus clairement, c’est l’ampleur des erreurs lorsque l’on simplifie excessivement le système », souligne Songhua Hu. « Par exemple, ignorer les feux de circulation peut conduire à sous-estimer certains polluants jusqu’à environ 50 %, car la conduite en régime d’arrêts et redémarrages joue un rôle majeur dans les émissions. »

L’équipe a également évalué l’impact de la tarification de la congestion (S'ouvre dans une nouvelle fenêtre), mise en œuvre au sud de la 60e rue à Manhattan en janvier 2025, une première aux États-Unis. Si ce type de politique est appliqué depuis plusieurs années dans certaines villes européennes, son effet réel sur les émissions restait jusqu’ici difficile à quantifier.

Les résultats confirment l’efficacité globale de cette mesure. « Un autre résultat marquant est la rapidité avec laquelle les effets de la tarification de la congestion sont apparus dans les données », indique Songhua Hu. Huit semaines après l’introduction de la politique, le volume de trafic avait diminué d’environ 10 %, tandis que les émissions avaient reculé de 16 % à 22 %, selon les polluants considérés.

Cependant, une analyse plus fine révèle des disparités spatiales importantes. « Nous avons pu détecter non seulement une baisse globale des émissions, mais aussi des différences spatiales nettes, avec des réductions plus importantes sur les axes routiers majeurs et à proximité des principaux points d’entrée, tandis que certaines zones situées en dehors du périmètre tarifé ont enregistré des augmentations, bien que modestes », précise Songhua Hu.

Ces résultats soulèvent une question essentielle pour les politiques publiques : au-delà de la réduction globale des émissions, qui bénéficie réellement de ces mesures, et certaines communautés pourraient-elles subir des effets de report indésirables [spillover effects] ?

Les réponses à ces questions seront déterminantes pour concevoir des politiques de décarbonation urbaine à la fois efficaces et équitables.

Source : Hu S. et coll., « Ubiquitous data-driven framework for traffic emission estimation and policy evaluation (S'ouvre dans une nouvelle fenêtre) », Nature Sustainability, 2026.

Article original en anglais : https://www.anthropocenemagazine.org/2026/04/tracking-traffic-pollution-in-real-time-could-transform-city-climate-policy/ (S'ouvre dans une nouvelle fenêtre)

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Anthropocène est la version française d’Anthropocene Magazine (S'ouvre dans une nouvelle fenêtre). La traduction française des articles est réalisée par le Service de traduction de l’Université Concordia (S'ouvre dans une nouvelle fenêtre), la Durabilité à l’Ère Numérique (S'ouvre dans une nouvelle fenêtre) et le pôle canadien de Future Earth (S'ouvre dans une nouvelle fenêtre).