Le recyclage du cuivre et de l’acier issus des infrastructures fossiles pourrait éviter des milliards de tonnes d’émissions et générer des économies sociétales de plusieurs milliers de milliards de dollars.
Par Sarah DeWeerdt (Abre numa nova janela)

Le recyclage de l’acier et du cuivre provenant d’infrastructures liées aux combustibles fossiles pour la construction d’éoliennes, de panneaux solaires et d’autres technologies d’énergie renouvelable pourrait permettre d’éviter jusqu’à 1,95 milliard de tonnes d’émissions de carbone et de générer 11,69 billions de dollars américains d’économies pour la société, selon une nouvelle étude.
Un paradoxe majeur de la transition énergétique réside dans le fait que le déploiement des infrastructures d’énergies renouvelables nécessite d’importantes quantités de matériaux, notamment l’acier, dont la production est associée à une empreinte carbone et environnementale élevée. L’analyse met en évidence un constat clé : une quantité considérable de ces matériaux est déjà intégrée dans les infrastructures liées aux combustibles fossiles, qui deviendront obsolètes dans un système énergétique décarboné.
« Une part significative des matériaux nécessaires à la transition énergétique pourrait provenir des infrastructures de charbon, de pétrole et de gaz mises hors service », explique Hauke Schlesier (Abre numa nova janela), doctorant aux Laboratoires fédéraux suisses d’essai des matériaux et de recherche (EMPA). « Cela permettrait non seulement de réduire les impacts environnementaux, mais aussi de diminuer les coûts pour la société. »
La présente étude constitue la première à quantifier le potentiel de « digestion », tel que formulé par l’équipe pour désigner le recyclage systémique, des infrastructures fossiles afin de produire des infrastructures d’énergie propre.
Hauke Schlesier et son équipe ont d’abord estimé les quantités de matériaux contenues dans les mines de charbon, les plateformes pétrolières et gazières, les pipelines et les centrales électriques fossiles à l’échelle mondiale. Ces données ont ensuite été comparées aux besoins en matériaux nécessaires au déploiement des systèmes d’énergies renouvelables (Abre numa nova janela), afin d’évaluer les économies environnementales et économiques associées à l’utilisation de matériaux recyclés.
Les infrastructures fossiles actuelles contiennent au total 6,39 milliards de tonnes de matériaux, selon les estimations. Bien que tous ces matériaux ne correspondent pas parfaitement aux besoins des technologies renouvelables, le potentiel de recyclage de l’acier et du cuivre apparaît particulièrement important.
L’acier représente le principal stock métallique (et le deuxième matériau en volume après le béton) au sein des infrastructures fossiles, avec 1,34 milliard de tonnes. Ce volume est environ une fois et demie supérieur à la quantité projetée nécessaire pour la construction des systèmes énergétiques bas carbone d’ici 2050.
Les infrastructures fossiles contiennent également 10,03 millions de tonnes de cuivre, soit environ un tiers des besoins estimés pour la transition énergétique.
Dans l’ensemble, l’utilisation de cet acier et de ce cuivre recyclés pour les infrastructures d’énergie propre pourrait permettre d’éviter près de 2 milliards de tonnes d’émissions de carbone d’ici 2050. Un effet indirect notable est l’amélioration du bilan carbone des technologies renouvelables elles-mêmes : l’empreinte carbone de l’énergie éolienne et solaire pourrait, par exemple, être réduite d’environ un tiers.
Selon les estimations de l’équipe de recherche, l’utilisation de matériaux recyclés pourrait également générer jusqu’à 11,69 billions de dollars américains d’économies sociétales liées à la réduction des impacts sur la santé humaine et les écosystèmes (Abre numa nova janela). « Il est surprenant de constater qu’une part aussi importante des coûts totaux de production de l’acier et du cuivre correspond à des coûts externalisés », souligne Hauke Schlesier. « À notre connaissance, ces coûts n’avaient pas été quantifiés auparavant. »
Les infrastructures d’énergie renouvelable pourraient en outre être adaptées afin de mieux exploiter les matériaux disponibles. Par exemple, si les structures de montage des panneaux solaires étaient fabriquées à partir d’acier recyclé issu des infrastructures fossiles — plutôt qu’en aluminium, comme c’est actuellement le cas — les émissions de gaz à effet de serre associées à la production des panneaux photovoltaïques pourraient être réduites de 24,8 % à 39,2 %, selon les résultats de l’étude.
Une autre étude (Abre numa nova janela) menée par une partie de la même équipe suggère que cette substitution pourrait également atténuer les contraintes d’approvisionnement en aluminium, contribuant ainsi à accélérer la transition énergétique jusqu’à deux décennies. « Nous considérons l’idée de remplacer l’aluminium par de l’acier dans les systèmes photovoltaïques comme particulièrement prometteuse », indique Hauke Schlesier.
Enfin, cette étude ne fait qu’effleurer le potentiel global de recyclage et de reconversion des infrastructures fossiles : intégration de la barytine [minéral utilisé dans les fluides de forage] dans des peintures thermorégulatrices, utilisation de puits pétroliers pour exploiter la géothermie, conversion de plateformes de forage (Abre numa nova janela) en installations éoliennes, entre autres pistes. Ces axes feront l’objet de travaux futurs, précise Hauke Schlesier.
Source : Schlesier H. et coll., « Recycling fossil infrastructure for cleaner energy transitions (Abre numa nova janela) », Nature Communications, 2026.
Article original en anglais : https://www.anthropocenemagazine.org/2026/03/what-happens-to-obsolete-oil-rigs-in-a-green-future-this-study-has-a-smart-answer/ (Abre numa nova janela)
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(Abre numa nova janela)Anthropocène est la version française d’Anthropocene Magazine (Abre numa nova janela). La traduction française des articles est réalisée par le Service de traduction de l’Université Concordia (Abre numa nova janela), la Durabilité à l’Ère Numérique (Abre numa nova janela) et le pôle canadien de Future Earth (Abre numa nova janela).