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Art Paris au Grand Palais

Art Paris n'est pas Art Basel, même si Art Basel est à Paris, et Art Paris n'est pas à Bâle. Ce sont néanmoins deux salons dédiés à l'art contemporain, qui se tiennent au Grand Palais à quelques mois d'intervalle, et qui ont de multiples points communs, parmi lesquels les stands de vente de Ruinart et des looks éclectiques chez les visiteurs (qui mériteraient un article).

Nous nous étions rendus avec Madame à la dernière édition d'Art Basel (il faut suivre) avant ma fièvre écrivesque (c'est l'une de mes ambitions d'auteur d'imposer des néologismes), et étant maintenant résolu à chroniquer la moindre de mes activités en rapport avec l'art, je vais donc vous faire part de mes impressions sur Art Paris, qui seront très proches de celles que j'avais eues sur Art Basel, si vous deviez vous inquiéter qu'elles soient perdues à jamais.

Avant cela, j'aimerais narrer ce qui nous a amenés à ce salon, parce que c'est une histoire moins triviale que "nous avons acheté des billets". Il s’agit d’une autofiction inspirée de faits réels, qui prend racine dans la scène de vie suivante :

— Namour, on passe tout le temps devant plein de galeries et on ne rentre jamais dans aucune, il faudrait que ça change.

— D'accord mais il faut avoir le temps...

— C'est vrai, et l'art, c'est important. Je pose un vendredi et on fait un tour de galeries.

Et c'est ainsi que par un vendredi pluvieux de fin janvier, nous fîmes en couple le tour de quelques galeries qui exposaient des artistes qui nous intéressent, et qui se termina dans une galerie que nous appellerons la Galerie G, qui représente l’artiste A — préservation de l’anonymat des protagonistes oblige.

L'occasion d'un nouvel exercice de dialogues, à trois voix cette fois.

— Ah, vous avez vu A à l'…, nous demanda l'assistant de la galeriste.

— Oui, et on a adoré, répondis-je.

— Son travail est incroyable et il résonne très bien avec l'œuvre de ce peintre célèbre, ajouta mon épouse.

— Vous avez des œuvres de lui en ce moment ? m'enquis-je, dans ma frénésie collectionneuse.

— Non, mais on lui consacre notre stand lors d’un prochain salon.

Et nous voici partis avec l'intention d'assister à ce salon. Ellipse temporelle, nous voici deux mois plus tard, sur le stand de la galerie G au salon en question, bien décidés à acheter une œuvre de A, et donc soucieux de connaître le prix de celles qui étaient exposées, conscients néanmoins qu'elles risquaient de dépasser nos moyens qui restent limités tant que mon roman n'est pas un succès d'édition dont les droits sont acquis par Hollywood (ou qu'un généreux donateur inconditionnel de cette lettre ne nous fasse un cadeau, ça me va aussi).

Intuition avérée, mais notre déception ne fut que de courte durée. Voyant notre enthousiasme pour l'artiste, la galeriste nous indiqua qu'elle disposait aussi de quelques dessins faisant partie d’une série numérotée, dont elle nous montra des photos. L'une des œuvres attira notre attention, et nous convînmes d'un rendez-vous quelques jours après à la galerie pour finaliser l'acquisition qui allait faire officiellement de nous des collectionneurs d'art, puisqu'il s'agirait de notre deuxième œuvre.

Et c'est ainsi que le vendredi suivant, nous nous rendîmes à nouveau à la Galerie G pour finaliser notre achat, qui nous valut une invitation à Art Paris.

Nouvelle ellipse temporelle, et nous voici deux semaines plus tard à déambuler dans les allées d'Art Paris, et de faire à nouveau le constat du retour du figuratif, probablement davantage encore qu'à Art Basel, accompagné de celui de la présence importante d'artistes libanais. Constats qui sont par ailleurs sans rapport entre eux, si ce n'est par ce qu'ils disent, je vous le donne en mille, sur notre regard : ma femme est une artiste figurative, et quelques-uns de nos proches amis sont libanais.

Le Liban, c'est un sujet sans fin que je maîtrise mal au-delà des cèdres. L'art figuratif, j'ai déjà un peu plus de choses à dire dessus, d'autant que cela fait écho à un livre en cours de lecture, L'art à l'état gazeux, et à mon questionnement récent suite à la visite de la Bourse du Commerce.

Le parallèle qui m'est venu, c'est celui du livre pour illustrer le dialogue d'un artiste avec son public. L'art figuratif, c'est un livre qui est écrit dans une langue accessible. Il peut y avoir plusieurs niveaux de langues, plusieurs styles, mais la compréhension est immédiate ou presque. L'art abstrait, lorsqu'il est géométrique, c'est de la langue épurée — peut-être juste des mots, lorsque l'on travaille la couleur ou les formes. L'art conceptuel, ce n'est même pas une langue étrangère, c'est une langue construite avec plus ou moins de rigueur que le lecteur doit déchiffrer sans pierre de Rosette.

Dès lors, je me demande si le retour au figuratif, ce n'est pas le résultat d'une volonté du monde de l'art de renouer un dialogue intelligible avec son public ? Un dialogue qui soit moins élitiste, moins exclusif, moins médié par des experts. Et au final, une réappropriation de leur travail par les artistes dans un lien plus direct avec le public là où il fallait parfois parler d'abord au monde de l'art avant de parler au public1.

Le fait aussi que même une œuvre figurative s'accompagne aujourd'hui d'une démarche qui dépasse la seule recherche esthétique valide l'idée qu'une démarche peut amener à une œuvre abstraite, et qu'expliquer n'est pas arnaquer : la démarche contribue au dialogue autant que le résultat.

Je voudrais conclure en conseillant chaudement d'entrer dans des galeries, de faire des salons d'art, de discuter avec les galeristes, voire avec les artistes lorsqu'ils sont présents (nous pûmes le faire avec pas mal d'entre eux), de demander les prix. C'est le meilleur moyen de dépasser les préjugés que l'on peut avoir sur l'art contemporain, et de s'exposer à d'autres visions du monde. Ce qui fut mon cas lorsque ma femme, discutant avec un autre artiste, expliquait que parfois, "la main nous échappe et une part imprévue de l'œuvre émerge". La beauté est dans l'imprévu.

P.S. : si vous connaissez un amateur d'art, il aura peut-être un avis différent du mien, et voudra voir les photos ci-dessous ?

  1. L'on suit souvent le fil de ma pensée dans cette lettre, sachez donc qu'immédiatement après avoir écrit ce paragraphe m'est venue la question de l'originalité de cette pensée et de ma métaphore livresque. Il y a peu, j'aurais vérifié, voire effacé en décidant que ce n'est pas original et que quelqu'un a déjà dû dire ça. En écrivant régulièrement, je me suis soigné.

Argomento Exposé d'une exposition