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La distance psychologique étrange et persistante qui nous sépare des catastrophes climatiques

Une analyse de dizaines d’études publiées révèle que les individus sous-estiment systématiquement leur propre vulnérabilité face aux risques climatiques.

Par Sarah DeWeerdt (Öffnet in neuem Fenster)

Au premier plan, une famille pique-nique, dos à la Terre qui s'élève en arrière-plan.

La plupart des individus estiment que les effets des changements climatiques affecteront principalement les autres, selon une nouvelle analyse fondée sur des recherches antérieures.

Ces résultats illustrent un biais cognitif bien documenté, appelé « biais d’optimisme excessif (Öffnet in neuem Fenster) » (overoptimism), plus précisément une forme dite de « surclassement » (overplacement), qui désigne la tendance des individus à évaluer leurs propres risques comme étant moins probables et moins graves que ceux auxquels sont exposées les autres personnes.

Cette tendance peut réduire la probabilité d’adopter des comportements visant à diminuer les risques personnels, tels que l’arrêt du tabac ou la vaccination. Selon l’équipe de recherche, une perception excessivement optimiste des risques pourrait également limiter le soutien aux politiques d’atténuation et d’adaptation aux changements climatiques.

« De nombreuses personnes peuvent se demander : quelle est la probabilité que je subisse les conséquences d’événements météorologiques extrêmes par rapport aux autres ? », explique Magnus Bergquist (Öffnet in neuem Fenster), psychologue à Université de Göteborg. « Ce que nous avons constaté, c’est que la grande majorité des individus, à l’échelle mondiale, s’attendent à ce que les autres soient plus susceptibles qu’eux-mêmes de subir ces conséquences. »

Magnus Bergquist et ses collaborateurs et collaboratrices ont réalisé une méta-analyse de 83 études, portant au total sur plus de 70 000 personnes issues de 17 pays, interrogées sur leur perception des risques climatiques les concernant elles-mêmes et concernant autrui.

L’analyse révèle que, de manière générale, les individus perçoivent les changements climatiques comme étant plus susceptibles d’affecter les autres que leur propre personne. Cette tendance se vérifie indépendamment du fait que les questions portent sur les risques liés aux événements météorologiques extrêmes ou aux changements climatiques dans leur ensemble.

Dans 81 des 83 études examinées, les participant(e)s ont évalué leur propre vulnérabilité (Öffnet in neuem Fenster) comme inférieure à celle des autres ou inférieure à la moyenne. L’analyse statistique indique que, dans 68 % des cas, les individus considèrent que leur propre exposition aux risques liés aux changements climatiques est plus faible que celle des autres. « Nous avons été surpris par la constance et l’ampleur de cet effet », souligne Magnus Bergquist.

Le biais d’optimisme est particulièrement marqué dans les études menées dans les régions à plus faible risque (Europe), et moins prononcé dans les régions à plus haut risque (Asie). Dans les deux études où cet effet n’a pas été observé, les participant(e)s étaient des agriculteurs et agricultrices en Chine et en Corée du Sud ayant directement subi les impacts des changements climatiques.

Les études sous-jacentes ne fournissent pas d’informations sur le niveau de risque climatique réel propre à chaque participant(e) ; il n’est donc pas possible de déterminer si l’évaluation individuelle du risque relatif est exacte. Cette question relève de recherches futures.

L’objectif de la présente analyse est plutôt de montrer qu’à l’échelle collective, la majorité des individus considèrent que leur propre risque climatique est inférieur à la moyenne. Il s’agit donc de documenter un phénomène psychologique susceptible de compliquer la mobilisation en faveur de l’action climatique.

Néanmoins, la manière dont les questions sont formulées joue un rôle déterminant (Öffnet in neuem Fenster). Les individus sont davantage enclins à estimer que leur risque climatique est inférieur à celui des autres lorsque la comparaison est large — par exemple avec les autres citoyen(ne)s de leur pays ou avec l’humanité dans son ensemble. Cette tendance à l’optimisme excessif est moins marquée lorsque la comparaison porte sur des groupes plus spécifiques, tels que les voisin(e)s ou les personnes vivant dans la même ville.

Ce résultat suggère une stratégie de communication en matière de changements climatiques : réduire le biais d’optimisme en présentant les risques climatiques par rapport à des groupes concrets et proches, plutôt qu’à des ensembles abstraits comme l’humanité dans son ensemble. Cette hypothèse devra toutefois être validée par de futures recherches, précise Magnus Bergquist.

Source : Sandlund I., et coll., « Meta-analytical evidence of a self-other discrepancy in climate change-related risk perceptions (Öffnet in neuem Fenster) », Nature Sustainability, 2026.

Article original en anglais : https://www.anthropocenemagazine.org/2026/03/the-strange-and-persistent-psychological-distance-between-us-and-climate-disaster/ (Öffnet in neuem Fenster)

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Anthropocène est la version française d’Anthropocene Magazine (Öffnet in neuem Fenster). La traduction française des articles est réalisée par le Service de traduction de l’Université Concordia (Öffnet in neuem Fenster), la Durabilité à l’Ère Numérique (Öffnet in neuem Fenster) et le pôle canadien de Future Earth (Öffnet in neuem Fenster).