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La plage (Voyage au Sápmi)

Îles Lofoten (Sápmi / Norvège), août 2025

La tempête (Öffnet in neuem Fenster) n’est plus qu’un lointain souvenir. Entre temps, Anaïs et moi avons quitté la vallée dans laquelle nous avons subi le déluge, pour partir flâner sur d’autres sentiers des Lofoten.

Bien que les trajets soient plus rudes que prévu, nous avons enfin les vacances que nous espérions, bercées par une fin d’été d’une grande délicatesse. Les fjords et les montagnes sont inondées de lumières cristallines, qui semblent résonner d’une paroi à l’autre. La végétation rayonne de vie, toujours détrempée par les pluies récentes. Les couchers de soleil s’éternisent, se dissolvent lentement en émulsions de rouges mystiques, d’oranges vaporeux et de violets insondables.

Un goéland posé sur un rocher au premier plan, en train de contempler une mer extrêmement calme et sereine. Derrière la mer, la chaîne des montagnes des Lofoten se découpe en silhouette. Le tout est baigné dans une lumière douce de coucher de soleil bleu et violet, sous une série de nuages en forme de vagues rappelant celles de la mer.

Hier, nous avons atteint ce lieu qui m'habitera longtemps. Après avoir traversé un petit village aux maisons de bois, caractéristiques des Lofoten, nous avons grimpé jusqu’au col qui le surplombait. De l’autre côté, nous avons découvert un espace irréel, suspendu entre ciel et mer.

Devant nous débutait un long et étroit défilé en forme de U, enclavé par deux immenses remparts de granit qui filaient d’un seul élan jusqu’à l’océan. Sous nos pieds, la vallée prenait naissance dans une pente abrupte, hérissée d’énormes blocs rocheux. Elle se déroulait ensuite plus calmement, en un long tapis vert qui abritait un lac argenté. Au loin, elle s’achevait par une vaste plage aux couleurs nacrées, ponctuée de dunes herbeuses. Comme point d’orgue, une presqu’île s’avançait au-dessus de la mer, couverte de prairie, semblant proposer un bivouac idéal. Un sentier microscopique, presque imperceptible dans cette immensité, serpentait au travers de la scène, pour nous mener jusqu’au bout de cette promesse.

Ce matin, lorsque nous nous sommes réveillées sur la presqu'île, toute la vallée était rien que pour nous. Les quelques autres touristes qui avaient bivouaqué dans les parages avaient plié bagage. Tandis qu’Anaïs partait explorer les pentes, j’ai préféré vagabonder en solitaire sur la plage.

Cela faisait des années que je n’avais pas ressenti une liberté aussi brute. Ici, où tout semble demeurer à l’état primordial, garder mes vêtements me paraît soudainement absurde. Je les abandonne au pied d’une dune, puis m’avance vers le rivage, seulement enveloppée de la douce lumière du soleil arctique.

La plage au premier plan, avec une série de traces de pieds nus qui part au loin. En arrière-plan, les chaînes de montagne de la vallée, qui se rejoignent en un col tout au fond.

Je ferme les yeux. Le vent frais caresse ma peau tout entière, l’explore avec une tendresse audacieuse. Mes cheveux, libres, flottent dans la brise et effleurent mes épaules. Une odeur d’algues diffuse reste suspendue dans l’air.

Froide, perçante, l’eau vient me lécher jusqu’aux chevilles. Elle y dépose une fine mousse d’écume, qui s’évapore en pétillant. En repartant, chaque vague emporte un peu de sable sous mes pieds, me faisant ressentir le moindre grain qui s’écoule entre mes orteils. Je me laisse m’y enfoncer, petit à petit, abandonnée aux éléments.

Une étrange et profonde sérénité m’envahit. Une barrière en moi s’efface, frontière devenue inutile. Je me dilue doucement dans l’air, le soleil, le vent. J’ignore où mon corps se termine, où commencent les montagnes.

J’ai soif de plus de pureté encore. Le long de la plage, un ruisseau rejoint la mer. Je le remonte jusqu’à sa source, une étendue d’herbes hautes où scintillent des bassins de lumière. L’eau est glaciale, mais elle m’appelle. Le souffle coupé, je m’y plonge jusqu’au cou et bois à pleines gorgées, comme pour avaler le ciel lui-même. L’espace et le temps s’effacent.

Des heures ont passé sans que je m’en rende compte. Les ombres se sont allongées.

De retour sur la presqu’île, je m’avance jusqu’au bout du promontoire de granit qui s’efface dans la mer. À ma gauche et à ma droite, les deux murailles colossales qui emprisonnent la vallée s’achèvent soudainement, en plongeant dans les profondeurs. Devant moi s’ouvre l’immensité ; rien d’autre que l’océan, les vagues, l’horizon. Et au-delà de l’horizon… le Groenland.

Une volée de sternes arctiques passe sous mon nez, surfant sur le vent. J’ai souvent imaginé être l’une d’entre elles, libre de survoler la planète d’un pôle à l’autre. Mes envies de voyages en voilier me reprennent. Des images me traversent la tête, de colonies d’albatros et de manchots, de Kerguelen, de Terre de Feu, de voiles et de haubans tendus par les rafales des quarantièmes rugissants.

Mais sous mes pieds nus, la rugosité de la roche me ramène à l’instant présent. Je suis exactement immergée dans l'un de ces mondes polaires, enfin à ma place, où mes rêves m’ont menée. Je devrais me sentir comblée.

Pourtant, au fond de moi, une furtivité chuchote.
Une petite voix, infime, obstinée.

Pas encore. Plus loin. Plus vaste.

Et soudain, l’horizon semble s'ouvrir…

Une silhouette humaine en contre-jour d'un magnifique coucher de soleil, debout sur un promontoire au-dessus de la mer qui semble infinie. À sa gauche, une falaise qui tombe dans l'eau.
Anaïs, photographiée au même endroit le lendemain

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Kategorie Récit d'aventure

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