
On le sait, c’est sa dernière apparition en compétition. Cet ultime titre mondial, il le lui faut. Elle en a déjà trois, mais elle ne peut pas partir sans cette dernière médaille d’or. Kaori Sakamoto, à la fin de son programme, a droit à l’une des plus longues standing ovations jamais vues dans une patinoire. Plus tard, à sa descente du podium, la musique de son court résonne dans toute l’Arena : “Time to Say Goodbye”. Personne n’a envie de lui dire au revoir. Car Kaori est non seulement une patineuse d’exception, mais aussi une personnalité attachante, sensible, drôle, fairplay, une athlète à la mentalité exemplaire. Elle a beaucoup pleuré depuis l’annonce de ses notes, elle continue, et nous aussi. Certains départs se font dans l’indifférence, celui-ci marquera les esprits par son intense émotion. J’ai l’habitude voir les patineurs prendre leur retraite, et je ne m’attendais pas à être aussi touchée. Après treize ans de carrière, Kaori va laisser un gouffre béant que personne n’a le souhait d’affronter. Mais il faut bien s’arrêter un jour…

“La Vie en Rose” (ce qu’on lui souhaite), “Hymne à l’Amour” (du patinage), “Non, Je ne Regrette Rien” (elle a raison), Kaori a aussi bien choisi son thème de libre que celui du court, avec ces chansons symboliques. Elle va dominer ce libre de la tête et des épaules : double Axel, triple flip, triple Lutz/double boucle piqué, triple Salchow, triple flip/triple boucle piqué, double Axel/triple boucle piqué/double boucle piqué et enfin triple boucle. Toute la panoplie y est passée et avec quelle aisance ! Sept fois 10 en composantes, rien en dessous de 9.50 (un seul 9.25 ne compte pas), 8 points 95 de mieux que Mone Chiba au total, Kaori aura clôturé sa carrière de la plus belle des manières, sans jamais se départir de sa grâce et de sa puissance. Elle décroche la plus belle médaille d’or de sa carrière (158.97/238.28).

La seule erreur de Mone Chiba est un retournement sur le double boucle de sa combinaison, et elle n’a aucune incidence. De Donna Summer pour le court, elle passe à plus consensuel avec “Roméo et Juliette” qu’elle interprète avec beaucoup de fluidité, mais encore un petit parfum de junior. Ses grades d’exécution sont logiquement plus bas et plus diversifiés que ceux de sa compatriote. Seconde ce soir (150.02), elle empoche la médaille d’argent (228.47).

Nina Pinzarrone a gardé son programme de la saison passée sur le thème de la “Servante Ecarlate”. C’était une excellente idée car il est encore plus abouti, convaincant, et fidèle à l’esprit de la série cette année. Dans sa superbe robe rouge, Nina campe une “June” avec tout ce qu’il faut de grâce et de sensibilité. 5ème du court, elle gagne deux précieuses places (et quatre par rapport à l’an dernier) pour remporter sa première médaille mondiale, celle de bronze. (143.38/215.20).
Belle remontée aussi que celle de Jia Shin, 4ème (136.65), qui n’était que 13ème la veille. Il y a plus original que “Rêve d’Amour” de Franz Liszt, mais il faudra s’en contenter. La Coréenne a un indéniable talent à défaut d’une grande personnalité et sa technique est fiable. Avec un score de 201.89, elle est 8ème au total. Lara Naki Gutmann, le “Gentil Requin” du patinage (elle évolue sur la bande originale de “Jaws”), est 5ème (135.79), accusant deux quarters, le premier sur triple Lutz, le second sur l’Axel de sa combinaison. Ses GOEs restent modérés malgré une technique sûre, et ses composantes sont logiquement supérieures à celles de Jian Shin. Elle est également 5ème au classement final (205.12). Niina Petrokina est 6ème (134.98), et un rang en dessous au final (202.27), en raison d’une sous rotation de son triple flip et d’un accroc sur triple Lutz. Je trouve ses composantes sévères, en particulier en Skating Skills.
Des trois Américaines en lice, c’est finalement Isabeau Levito qui prend l’avantage. Le jeu pourrait s’appeler “celle qui commettra le moins d’erreurs”. Isabeau n’a “que” un triple Lutz à carre douteuse combiné à un triple boucle dégradé, et un quarter pour son double Axel en séquence. Toujours très star des années 50, elle excelle dans un “Cinema Paradisio”, certes guimauve, mais une guimauve assumée et bien interprétée (7ème, 134.83). Tout ceci la mène à une excellente 4ème place mondiale (206.88). Ami Nakaï conserve une 8ème place (130.90) ce soir, mais recule d’un cran au général (200.00) après une chute sur un triple Axel qu’elle a le mérite de tenter. Parée d’une médaille de bronze olympique toute fraîche, elle pouvait prétendre à mieux.
Mais, au fait, où est passée Amber Glenn ? La question devient rituelle, car l’Américaine a pris la mauvaise habitude de passer complètement à travers ses programmes libres. 3ème du court, elle était en course pour le podium. La voici 9ème ce soir (130.47), déçue et en colère contre elle-même. Elle voulait prendre sa revanche sur les J.O. , hélas, c’est tout à fait loupé. Partie sur triple Axel réussi, elle semble se déconcentrer et se perdre au gré de GOEs négatifs pour triple Salchow, un triple boucle éclaté en simple, un Axel martyrisé dans la combinaison en séquence, et un triple boucle retenté mais précaire. Ce qui la conduit à une bien maigre 6ème place au final (203.12).

Lorine Schild, 20ème (106.09), a pourtant un très bon programme sur un thème sensible et engagé, et une très belle musique d’ Armand Amar. Elle perd hélas trois places par rapport au court, mais son contenu technique ambitieux comportait bien sûr des risques. Elle est 18ème du classement général (165.23). Des erreurs ont été commises, mais la notation semble néanmoins très sèche, aussi bien en technique qu’en composantes. Qu’est-ce qui déplaît aux juges chez Lorine ? Il faudrait leur demander.
Par Kate Royan - Prague 27/28 Mars 2026