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Championnats du Monde Prague - Libre hommes : le roi est vivant, vive le roi !

© Alice Alvarez
© Alice Alvarez - Ilia Malinin

Si on avait pu craindre qu’Ilia Malinin réitère sa débâcle des Jeux Olympiques, le programme court de Prague avait déjà donné une indication et, lui, avait pris une sérieuse option sur la victoire. Voilà qui est fait. Il est champion du Monde pour la quatrième fois consécutive. Il délaisse, comme lors du court, son célèbre quad Axel, source de tous les maux à Milan, pour un sage quad flip. Ironie du sort, il est le seul à proposer ce quad avec l’Allemand Genrick Gartung, qui termine dernier, à près de 100 points de Malinin. Des quads, Ilia en a d’autres dans sa manche : deux Lutz (dont un en combinaison et réceptionné sur le quart, sa seule erreur), boucle piqué et Salchow. Avec 218,11, et 329.40 au total, il ne bat pas son record de la Finale du Grand Prix, mais le contrat est rempli.

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© Alice Alvarez - Yuma Kagyiama

Yuma Kagiyama s’est fait peur avec une chute sur le triple Axel et une 8ème place jeudi. Tout va mieux, merci (212.87/306.67). Son “Turandot” est d’une propreté de bloc opératoire, assortie d’une élégance et d’une énergie inégalées. Le thème, vieillot, me laisse froide, mais le patinage du Japonais est d’une qualité telle que je vibre quand même. En guise de hors d’oeuvre, il s’offre un quad Salchow (le quadruple réputé le plus difficile) dont tous les GOEs sont à +4et +5. Sa vitesse de rotation sur tous les sauts est d’un autre monde. Il bat logiquement Ilia sur les composantes. Il passe à 5 points d’une médaille d’or mondiale qu’il attend depuis 2021, abonné à celle d’argent qu’il remporte aujourd’hui pour la 4ème fois, avec un passage par le bronze l’an dernier. 5 points chez ces messieurs n’est pas un écart rédhibitoire. Ilian Malinin sans quad Axel n’est peut-être pas imbattable après tout. Mais, nul doute que l’Américain va retravailler et se réapproprier son arme fatale pour la saison prochaine.

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© Alice Alvarez - Shun Sato

Shun Sato monte un barreau d’échelle pour voler la médaille de bronze à Aleksandr Selevko (192.70/288.54). “L’Oiseau de Feu” ne m’émeut pas plus que Turandot, mais, même chose qu’avec son compatriote, son patinage, précis, léger, m’enchante. Le récent médaillé d’argent olympique a tant travaillé ses composantes depuis une saison qu’il en est quasi méconnaissable. Stephen Gogolev passe du jazz à Rachmaninov, ce qui justifie cette fois son absence de sourire. Un hommage au grand musicien dépressif ? Il manque quelque chose à sa prestation, je ne saurais dire quoi. De l’élan, du sel, du poivre, un ressenti auquel on pourrait croire ? Il prend néanmoins une belle 4ème place aujourd’hui (186.88), ainsi qu’au général (281.04). Personne n’avait réellement vu arriver le Canadien aussi haut et aussi vite. Félicitations.

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© Alice Alvarez - Kevin Aymoz

Partout où il se produit, Kevin Aymoz est l’un des patineurs les plus acclamés par le public, quand ce n’est pas LE plus acclamé. Quelle que soit sa réussite technique, aucun autre de ses pairs ne se met ainsi émotionnellement à nu, en laissant ses tripes en même temps que la trace de ses lames sur la glace. Sa sensibilité exacerbée, son ressenti authentique, le rendent hypnotisant. Qu’il rit, qu’il pleure, qu’il hurle de joie ou de frustration, on en fait autant. Aujourd’hui on peut l’applaudir des deux mains et même sauter en l’air de joie, comme il le fait lui-même. Kevin réalise un libre formidable. Ce “Boléro” est un bijou d’orfèvre. Si Maurice Ravel était encore de ce monde, il le féliciterait certainement, comme l’ont fait, par le passé, les auteurs de plusieurs des musiques sur lesquelles il a patiné. Kevin s’auto-chorégraphie et prouve, encore une fois, que son hypersensibilité est partie prenante de son immense talent. Il l’a apprivoisée pour l’utiliser maintenant uniquement à bon escient. Il chute sur son second quad boucle piqué solo, mais ne désarme pas, bien au contraire. Il est 5ème du libre (184.39) et 7ème au final (269.13).

Aleksandr Selevko, 3ème du court, était en route pour le podium. Son “Adagio for Strings”, couplé à “The Longest Night in Limbo”, d’un même auteur, Nico Cartosio, sont deux très jolies partitions. Mais sa chorégraphie, pourtant signée David Wilson et Sandra Bezic, ténors de la spécialité, n’est pas réellement à la hauteur. Plusieurs erreurs coûteuses, chute sur quad Lutz, quarter pour le triple Axel, carre de réception incertaine pour les deux flips, chacun en combinaison, le font descendre à la 6ème place (173.93). Il est également 6ème au final (270.42).

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© Alice Alvarez - Adam Siao Him Fa

Adam Siao Him Fa nous avait habitués à des programmes courts parfois chaotiques, et à des remontées fulgurantes dans les libres. Cette saison, c’est le contraire. Il effectue des courts brillants, mais s’effrite par la suite, et on s’y habitue moins bien... Sa “Création d’Adam”, ouverte par un quad boucle piqué excellent, se poursuit avec une chute sur le quad Lutz. Il enchaîne avec quad boucle piqué/double boucle piqué, sans heurt. Sa première combinaison commence par un Salchow auquel il manque un tour. La seconde, Axels en séquence, est dégradée, comme le triple Axel qui la suit. Les composantes sont moyennes et surtout inégales, voire illogiques : de 7.75 à 9.50 en présentation par exemple. Adieu la médaille d’argent, largement à sa portée. 169.71 le relègue en 8ème position, pour une 5ème place au classement général (271.56). Cette saison 2025/2026 n’aura pas fait de cadeau à Adam. Elle n’est pas du tout représentative de ses qualités techniques et de son immense talent. Elle restera à considérer comme une série d’ornières déstabilisantes au milieu de sa route, pas comme la sonnette d’alarme d’une quelconque incapacité récurrente. Adam vaut mieux que cela. Il le sait, tout le monde le sait. Il sait aussi maintenant que se maintenir dans les plus hautes sphères mondiales est plus difficile que d’y accéder. Il en a fait les frais, mais l’expérience, même désagréable, est bonne à prendre, puisqu’on apprend toujours de ses erreurs. Il ne lui reste plus qu’à s’auto-convaincre que, quoi qu’en disent les pessimistes, les “rageux” et les pseudo-spécialistes de salon, si, il est toujours l’un des meilleurs patineurs du circuit. Quand on plante une roue dans une ornière, même profonde, même plusieurs fois, si la voiture est solide, les essieux ne cassent pas.

Nika Egadze, égaré à la 15ème place du court, remonte aujourd’hui à la 7ème (169.78). Le Géorgien aux lombaires en béton (pour encaisser des réceptions de sauts aussi raides sans finir en fauteuil roulant, il faut être sacrément solide) se bat comme un diable. Il finit 11ème (248.62), ce qui n’est pas si catastrophique, même pour un champion d’Europe en titre, compte tenu de sa prestation calamiteuse de jeudi.

Connaissez-vous Francis Robert Prevost ? Il s’agit de l’actuel Pape Léon XIV. Sa Sainteté a regardé le programme de Daniel Grassl, sur la musique de la série “Conclave”, et a souhaité le rencontrer. En Mixed Zone, Daniel ne parle que de cela, fier et heureux comme un enfant. Il y a de quoi, car c’est sûrement une première ! Reste à savoir si l’illustre occupant du Vatican connaît les quarters et les sous rotation, dont le jeune Italien est involontairement friand, ce qui lui vaut des GOEs au ras des pâquerettes. 9ème en ce samedi ensoleillé (166.41), Daniel termine 8ème (254.94). C’est moins bien qu’en 2022 (7ème), mais mieux que les années suivantes (12 et 13ème). Il faut toujours voir le verre à moitié plein, même si ses programmes sont souvent à moitié vides.

© Alice Alvarez
© Alice Alvarez - François Pitot

Quand les jambes de François Pitot le trahissent, il lui reste la tête, une tête extrêmement bien faite. Capable de maîtriser des quadruples à l’entraînement, le premier de la journée, un Salchow, passe en triple. Après un triple flip à carre douteuse, François replace judicieusement et courageusement le quad tronqué en troisième saut, et cette fois, le réussit. Bingo. Le triple boucle suivant est un peu secoué mais l’influx nerveux mis dans le quad lui en a certainement coûté. Il chute sur triple Axel, mais prouve qu’il a des nerfs d’acier et une formidable capacité à modifier très largement un programme en cours de route, ce qui est rarissime chez un patineur somme toute peu rôdé au grand bain international. 19ème (144.14), il est 20ème de ces Mondiaux (218.75), devant un certain Deniss Vasiljevs, certes sur le déclin, mais qui a dix ans d’expérience dans les patins. François, bravo !

Par Kate Royan - A.O. 30 mars 2026

Scores détaillés (S'ouvre dans une nouvelle fenêtre)

Classement général (S'ouvre dans une nouvelle fenêtre)

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