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Championnat du Monde Prague - Danse libre : Ode à l’espérance

© Alice Alvarez
© Alice Alvarez - Laurence Fournier-Beaudry et Guillaume Cizeron

Dans le film “The Whale”, la musique choisie par Laurence Fournier-Beaudry et Guillaume Cizeron est lancinante, omniprésente tout au long du film. Elle résonne comme un glas. On comprend dès le début que l’histoire va mal finir. Avec le couple français, c’est l’exact contraire. La médaille d’or mondiale est, pour eux, certitude imparable dès les premières secondes. Ils font de cette musique, à l’origine lugubre, une ode à la beauté, la douceur, l’espérance, malgré leurs visages qui expriment par moment la tristesse, la douleur. Depuis le début de saison, on a déjà utilisé à leur égard, tous les superlatifs. Il n’y en a plus. Ils sont exceptionnels, c’est tout. Leur séquence de pas chorégraphique, prélude à la fin du programme, est bâtie sur la dernière partition musicale du film. Cette musique monte en puissance, montrant le héros sur la plage, tout proche d’une mort qui n’est pas montrée, mais qu’on devine. L’optimiste et idéaliste que je suis a choisi de croire qu’il va vivre. Sur ces notes qui enflent et accélèrent, les mouvements de Laurence et Guillaume deviennent plus aigus, plus saccadés, comme deux personnes qui se débattent face à un ennemi invisible. Même si Guillaume m’a dit, la veille, qu’il était clair que le héros quittait notre monde dans cet éclat de lumière sur la mer qui évoque une vraie fin, l’interprétation par le couple de la musique, devenue lyrique et presque violente, suivie d’un regain de douceur, me fait imaginer une fin heureuse au héros, aussi heureuse que leur victoire à Prague. La première médaille d’or mondiale de Laurence, la sixième de Guillaume. 12,76 points devant leurs premiers poursuivants, leur danse libre affiche un score de 138.07, le plus haut de la saison, comme leur total de 230.81.

A l’annonce de leur résultat, Olivia Smart et Tim Dieck, explosent de joie. Ils sont seconds du libre ! (125.31) Une consécration pour leur phénoménal “Dune” version 2025/26, même s’ils ne seront que 5èmes au final (206.37). Le couple espagnol d’adoption, formé à l’automne 2022, était 19ème lors de sa première participation mondiale. En trois ans, ils auront gravi quatorze barreaux d’une échelle pourtant raide, et à laquelle s’agrippent des concurrents au palmarès très étoffé. Leur passage par la 6ème place l’an dernier était déjà remarquable. Il faudra désormais compter avec eux à la lisière du podium, voire carrément sur l’une des marches.

© Alice Alvarez
© Alice Alvarez - Piper Gilles et Paul Poirier

Piper Gilles et Paul Poirier ont abandonné “Vincent [Van Gogh]” nouvelle version, pour revenir aux “Hauts du Hurlevent” de l’an dernier. Une façon de s’appuyer sur une valeur sûre pour bien clôturer la saison ? La médaille de bronze olympique de la Nuit Etoilée garantissait pourtant sa qualité. Le registre des deux danses n’est pas différent et les Canadiens restent de formidables techniciens et interprètes, peu importe le thème. Ils sont 3èmes de cette danse libre (125.07), avec une médaille du même métal qu’à Milan (211.52). Piper et Paul font partie des futurs retraités qu’on ne reverra pas en compétition. Ils laisseront un grand vide après quatorze ans de carrière. Mais ils ont des héritiers, pressés de marcher dans leurs traces, et bourrés de talent : Marjorie Lajoie et Zachary Lagha, 9èmes (118.25/199.06).

© Alice Alvarez
© Alice Alvarez - Podium danse

Le “Roméo et Juliette” d’Emilea Zingas et Vadym Kolesnik est sucré à souhait. Pas de quoi faire un coma diabétique, mais il colle quand même un peu au palais. Côté technique, rien à dire, c’est leur point fort. Cette technique reste cependant inférieure à celle de Gilles/Poirier, pourtant moins bien notés et qui ne les battent qu’en composantes. 4èmes ce soir (124.99), les Américains montent sur la 3ème marche du podium (209.20). Ils sont la preuve qu’on peut désormais monter très vite dans la hiérarchie mondiale, sans devoir attendre la retraite des aînés.

Toute la saison, le jury s’est montré sévère envers Lilah Fear et Lewis Gibson, qui les y ont aidés en commettant des erreurs. D’aucuns diront qu’ils se sont montrés plus justes. Les programmes des Britanniques sont toujours parfaitement adaptés à leur personnalité pétillante et enjouée, mais restent plus proches du gala que des impératifs de la danse sur glace. Ce thème écossais, même versant un peu moins dans la débauche d’énergie, ne fait pas exception. Le problème aujourd’hui vient du porté en courbe. Il a été le même toute la saison, mais il est sanctionné par deux points de déduction pour mouvement illégal. Le staff d’IAM et la fédération britannique se fâchent tout rouge et veulent porter réclamation. Sauf que… En comparant les images des championnats d’Europe et celles de Prague, il y a bien une petite différence. A peine visible : les bras de Lewis sont rectilignes au lieu d’être pliés, ce qui élève Lilah trop haut. Les juges sont donc passés de la plus grande clémence en ce qui concerne leur technique, à la plus raide sévérité. Les Britanniques n’ont visiblement plus la cote. Pourquoi ? Ils sont 5èmes de la danse libre (123.89), et 4èmes au total (208.98). La saison ne leur aura pas été clémente : ils pensaient pouvoir gagner les championnats d’Europe à domicile, au moins jusqu’au retour de Guillaume avec Laurence. Ils pensaient obtenir une médaille olympique, mais des twizzles ratés ne pardonnent pas. Ils pensaient se rattraper en montant sur le podium mondial : encore raté. A noter qu’aujourd’hui, ce sont les twizzles de Lewis qui tanguent et écopent d’un niveau 2, quand ceux de Lilah sont au cordeau avec un niveau 4.

Puisque nous sommes dans les comparaisons d’images, essayons de mettre la prise de carres de Lilah Lewis en parallèle avec celle d’Evgenia Lopareva. Rien que pour cela, les Français n’ont rien à faire derrière les Britanniques. Mais il y a plusieurs saisons que ça dure, et les carres de ces dames ne sont pas le seul point de supériorité d’Evgeniia Lopareva et Geoffrey Brissaud. Dans cette danse libre toute en délicatesse sur des chansons de Björk, certains niveaux m’étonnent : 2 et 1 pour la médiane. Les composantes pour une fois, montent un peu. Elles sont supérieures à celles d’Allison Reed et Ambrulevicius qui les précèdent dans ce segment de la compétition. Evgeniia et Geoffrey sont 7èmes du libre (120.70) et 6èmes du classement général (203.77). Les Lituaniens terminent 7èmes (121.00/200.66). A voir leur émotion et même leurs larmes en fin de prestation et dans le Kiss & Cry, il se pourrait que Prague ait été leur dernière compétition. Saulius ayant commencé sa carrière en tant qu’individuel en 2006, il a tout de même fêté ses vingt ans de carrière cette année ! Mais rien d’officiel n’a été annoncé. Christina Carreira et Anthony Ponomarenko écopent d’un point de déduction pour “problème de costume” et sont 8èmes (119.67/200.56), précédant Marjorie Lajoie et Zachary Lagha, et Diana Davis et Gleb Smolkin (119.31/198.65).

Par Kate Royan - A.O. 31/03/26

Scores détaillés (S'ouvre dans une nouvelle fenêtre)

Classement général (S'ouvre dans une nouvelle fenêtre)

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