
Depuis 1908, début du patinage artistique olympique, 286 médailles, or, argent et bronze, ont été décernées. Qui sont les athlètes Français qui s’en sont emparés ?
Le patinage fait son apparition comme discipline olympique à Londres en 1908, puis à Anvers en 1920, mais pas à Stockholm en 1912, la ville n’ayant pas de patinoire. Il s’agit cependant des Jeux d’été. Du 25 février au 5 janvier 1924, Chamonix organise les tous premiers Jeux Olympiques d’hiver. Luchon, dans les Pyrénées, et Gérardmer, dans les Vosges, étaient aussi candidates, mais le C.I.O. opte pour la capitale de l’alpinisme européen, en raison de son meilleur enneigement et de sa plus grande capacité d’accueil. Les pays scandinaves et la Finlande craignent que cette compétition n’empiète sur la popularité de leurs “Jeux Nordiques” et demandent au Comité International Olympique, qui accepte, de qualifier ces Jeux de “Semaine Internationale des Sports d’Hiver”. 9 disciplines, dont le patinage (individuels et couples), 16 pays, 258 athlètes. Pour l’époque, c’est énorme. Les Norvégiens remportent le classement officiel des nations avec 17 médailles, toutes disciplines confondues. Ce qui ramène immédiatement les Nordiques à de meilleurs sentiments ! Avec leur accord, cette “Semaine Internationale du Sport” est requalifiée en Jeux Olympiques, lors du congrès officiel de Prague un an plus tard, en mai 1925.

La patinoire de Chamonix (hockey, artistique, anneau de vitesse, curling) est construite pour l’occasion, au bord de l’Arve, soit à l’endroit où se trouve encore l’actuel centre sportif Richard Bozon. Il s’agit d’une surface extérieure de 36 000 mètres carrés, ultra moderne et, à l’époque, la plus grande patinoire artificielle du monde. Elle remplit toute la largeur de la vallée, de l’Arve au bois du Biollay. Grosse frayeur la veille de la cérémonie d’ouverture : alors qu’il y avait deux mètres de neige dans la ville les jours précédents, un méchant redoux transforme la gigantesque arène en lac ! Les athlètes ne peuvent pas s’entraîner. Le froid revient heureusement tout aussi vite, aucune épreuve n’est annulée. A noter qu’à Chamonix, pour la première fois, est prononcé un nom qui fera ensuite le tour de la planète : Sonja Henie. Elle n’a alors que onze ans.

Pour fêter ces premiers Jeux d’hiver, les patineurs français se distinguent : Andrée Joly et Pierre Brunet décrochent la médaille de bronze, derrière les Autrichiens Engelmann/Berger et les Finlandais Jakobsson/Jakobsson. Pierre concourt également en solo et se classe 8ème. Les deux patineurs se sont rencontrés quelques mois plus tôt en disputant individuellement les championnats de France au Palais des Glaces de Paris. Pierre a gagné ces championnats, comme il le fera les années suivantes jusqu’en 1932. Andrée n’est pas en reste : elle remporte le titre individuel national de 1921 à 1930 sans interruption. Ils évoluent dans les deux disciplines pendant plus de la moitié de leur carrière. Chez les couples, ils inventent le premier porté au dessus de la tête, puis le porté à une seule main, et seront très vite connus comme inventifs et novateurs. En 1928 aux Jeux de Saint Moritz (Suisse), ils s’offrent la médaille d’or, et font exactement la même chose en 1932 à Lake Placid (USA), en devançant leurs premiers poursuivants de plus de 100 points. Ils sont champions du Monde en 1926, 1928, 1930 et 1932, après avoir été seconds en 1925. Andrée, devenue Madame Brunet en 1929, donne naissance à leur fils un an plus tard, soit un an avant leur seconde médaille d’or olympique. Le retour d’une femme sur la glace après la maternité est donc loin d’être une nouveauté. Elle est, par contre, la première femme à chausser des patins noirs pour s’accorder à ceux de son époux, alors que ses congénères n’utilisent que des bottines blanches. Après avoir refusé de participer aux Jeux de Garmish-Partenkirchen car ils sont opposés au régime nazi, le couple devient professionnel en 1936 et émigre à Londres, puis à Toronto, avant de s’installer aux Etats Unis, où ils sont entraîneurs (Dorothy Hamill, Carol Heiss et Scott Hamilton figurent parmi leurs élèves) et d’obtenir la nationalité américaine. Citoyens de Boyne City dans le Michigan, Pierre y décède à 89 ans en 1991. Andrée le suit deux ans plus tard, à 91 ans.

Il faut attendre vingt ans avant qu’un/e athlète français/e retrouve le chemin du podium olympique. A Oslo en 1952, Jacqueline Du Bief monte sur la troisième marche. Elle a dix-huit ans et elle est la première femme au monde à tenter et à réussir un double Lutz en compétition. Les figures imposées ne sont pas son fort, mais elle se rattrape lors des programmes libres. Connue pour son originalité et pour créer elle-même ses chorégraphies, elle joue, par exemple, le rôle d’une statue sur la glace, créant l’évènement. Jacqueline est un personnage qui sillonne la France à moto et adore l’art avant-gardiste. Son entraîneure, Jacqueline Vaudecrane s’arrache parfois les cheveux. Nous sommes dans les années 50, les femmes sont supposées être “sages”. A l’occasion d’un passage à Londres où elle joue le rôle masculin d’Aladdin dans une production télévisée sur glace, Jacqueline va inspirer un certain John Curry (Abre numa nova janela) qui se prend de passion pour le patinage. Quelques semaines après sa médaille de bronze olympique, elle gagne les Championnats du Monde qui ont lieu dans sa ville natale, Paris, après avoir été 2ème l’année précédente. Victoire controversée car elle a chuté deux fois. Elle-même dira qu’elle ne la méritait pas. Elle est championne de France de 1947 à 1952, vice championne d’Europe en 1951 et 1952, après avoir obtenu le bronze en 1950. Elle quitte le patinage amateur en 1953 pour intégrer les troupes américaines Ice Capades, Holiday on Ice et Hollywood Ice Revue, puis enchaîne avec des shows à Las Vegas, au Royaume Uni et dans toute l’Europe, ainsi qu’en Afrique du Sud. En 1956, elle publie son autobiographie en anglais : “Thin Ice” [disponible d’occasion sur Amazon.com (Abre numa nova janela) et Ebay]. Elle est, à ce jour, la seule patineuse française à avoir décroché une médaille olympique.

Douze nouvelles années passent avant qu’un/e Français/e décroche une nouvelle médaille olympique. Quand Alain Calmat se présente sur la glace d’Innsbruck en 1964, il est déjà quatre fois champion de France, trois fois champion d’Europe et une fois vice-champion du Monde. Il est, à cette occasion, porte-drapeau de la délégation tricolore. Comme Jacqueline Du Bief, il est l’élève de Jacqueline Vaudecrane. Il s’entraîne également parfois avec Pierre Brunet aux Etats Unis. 9ème aux Jeux de 1956, 6ème à ceux de 1960, il remporte la médaille d’argent quatre ans plus tard, après avoir été 3ème des figures imposées et 5ème du programme libre. Il est battu de 40,1 points (système du 6.0) par l’Allemand (équipe unifiée Est/Ouest) Manfred Schnelldorfer, et suivi de près, 2,9 points, par l’Américain Scott Allen. Après son titre mondial de 1965, douze participations aux Nationaux français où il s’est classé soit second soit premier, autant de participations européennes soldées par six médailles, une de bronze, deux d’argent et trois d’or ; et cinq podiums mondiaux, une victoire, deux secondes places et deux troisièmes, il met un terme à sa carrière. Il réussit le concours des Internes des Hôpitaux de Paris en 1967 et participe aux premières greffes cardiaques françaises. Il travaillera par la suite comme chef de clinique et chef de service chirurgie digestive, avant de devenir anatomiste auprès du célèbre Professeur Laurent Cabrol, puis professeur au collège de la Pitié-Salpêtrière. En 1968, lors des J.O. de Grenoble, il est le dernier porteur de la flamme et allume la vasque olympique. Engagé en politique, Alain Calmat a également été Ministre délégué à la Jeunesse et aux Sports du gouvernement Fabius de 1984 à 1986, député du Cher (1986-1993), puis député de Seine Saint Denis (1997-2002), ainsi que maire de Livry-Gargan de 1995 à 2014. A 85 ans, il est encore régulièrement présent, en tant que spectateur ou invité officiel, dans les tribunes des compétitions tenues sur le sol hexagonal.

La quête olympique française s’accélère avec une première médaille de bronze pour Patrick Péra à Grenoble en 1968, puis une seconde à Sapporo (Japon) en 1972. Ce Lyonnais découvre le patinage lors de vacances à Villard de Lans. Son entraîneure, toujours Jacqueline Vaudecrane, le surnomme le “Alain Delon de la glace” en le décrivant “net, soigné, élégant, sur la glace comme de dans la vie”. Champion de France en continu de 1966 à 1972, il va courir après l’or international toute sa carrière sans parvenir à le décrocher. Il occupe trois fois la 4ème place des championnats d’Europe (66 à 68), avant d’être médaillé d’argent en 69 et 70, puis médaillé de bronze en 72. Il participe à huit championnats du monde, successivement 14ème, 15ème, 6ème, 7ème, deux fois 2ème, et une fois 3ème lors de sa dernière année de carrière. Les J.O. de Grenoble voient la naissance des tests antidopage, du chronométrage électronique, de la première retransmission télévisée en couleur par satellite, et aussi de la première mascotte olympique (bien que non officielle au contraire des suivantes) : le Schuss (Abre numa nova janela), petit skieur bleu blanc rouge monté sur ressorts. Trente sept nations sont représentées, la France étant la délégation la plus importante (88 athlètes), devant l’URSS (86). La patinoire n’est pas celle que nous connaissons aujourd’hui (Pôle Sud), mais le Palais de Sports situé près du Parc Mistral, devenue salle de concerts. Patrick Péra est 3ème des figures imposées et 7ème du programme libre. A l’époque, les figures imposées comptent pour 60% du résultat, c’est ce qui permet à Patrick de monter sur le podium. Au classement figurent deux autres Français : Philippe Pélissier (par la suite entraîneur et commentateur TV) 13ème, et Jacques Mrozeck, 20ème. A Sapporo en 1972, ce sont de nouveau les figures imposées qui permettent au Français de monter sur la troisième marche du podium. A l’issue de celles-ci, il est 2ème, mais dans le libre, il chute sur un triple Salchow et commet d’autres erreurs, terminant 7ème. La médaille de bronze lui est néanmoins acquise. Comme Alain Calmat avant lui, Patrick est porte-drapeau pour la France lors de la cérémonie d’ouverture de ces Jeux. D’autres patineurs français sont présents au Japon : Jacques Mrozeck comme à Grenoble, mais aussi… Didier Gailhaguet, 13ème. Patrick raccroche ses patins juste après Sapporo et, comme beaucoup de ses prédécesseurs à l’exception de Calmat, s’exile Outre-Atlantique. Il épouse une Américaine, puis revient en Europe pour travailler dans la finance, en particulier en Italie. Homme discret, il ne mentionne jamais ses médailles olympiques. Ses collègues découvrent un jour sa carrière sportive tout à fait par hasard !

Un nouveau long hiatus de vingt ans et l’heure d’Isabelle et Paul Duchesnay sonne à Albertville. Frère et soeur nés au Québec, ils patinent pour le Canada jusqu’en 1985. En mauvais termes avec leur fédération, ils utilisent leur double nationalité pour traverser l’Atlantique (leur mère est française, née à Metz). Leurs débuts dans l’Hexagone sont difficiles. Ils s’entraînent en Allemagne, à Obertsdorf, avec le Tchécoslovaque Martin Skotnicky, dans ce qui est la première multinationale de danse sur glace. Ils fréquentent peu leurs nouveaux compatriotes. Leurs adversaires étrangers leur reprochent de rester en permanence dans leur bulle, sans se mêler aux autres, et surtout leur créativité qui détone et qu’ils considèrent comme du “cirque”. Ils gagnent les championnats de France lors de leur première participation. En guise de bienvenue, les médaillers d’argent et de bronze montent sur le podium avec un panneau “Français” collé dans le dos. Ambiance… Les Duchesnay se sont fait remarquer par une créativité et une audace exceptionnelles qui bousculent les codes de la danse sur glace, et qui, par conséquent, ne plaisent pas à tout le monde. Le milieu est encore ultra conservateur. S’ils ont la faveur du public, les instances boudent, accrochés à leurs clichés et à leurs habitudes. A la décharge des juges, si Isabelle et Paul sont des ovnis par leur originalité, ils ne sont pas de grands techniciens. Avant les Jeux de 1992, ils sont néanmoins quatre fois champions de France, deux fois troisièmes et une fois seconds aux championnats d’Europe et successivement médaillés de bronze, d’argent et d’or aux championnats du Monde. Ils arrivent à Albertville en grands favoris, question de géographie. Mais les ex-Soviétiques Marina Klimova et Sergeï Ponomarenko sont en embuscade. Le rideau de fer vient de tomber, ces derniers patinent sous la bannière “Equipe Unifiée”. Il n’est un secret pour personne que le couple Klimova/Ponomarenko et les Duchesnay ne s’apprécient guère. Les vannes fusent par presse interposée. Les Soviétiques et futurs membres de la CEI, sont souvent classés devant les Français, mais beaucoup moins applaudis, y compris dans leur propre pays, comme lors des championnats d’Europe de Leningrad. De quoi être vexés. Arrivée en Savoie, Isabelle est malade, elle tousse beaucoup. Elle s’est blessée à une cheville quelques semaines plus tôt, période marquée par le décès de leur frère aîné. Les conditions ne sont pas idéales. Son mari de l’époque, Christopher Dean, chorégraphient leurs programmes depuis plusieurs années. Il voit, dans leur fratrie, l’opportunité de présenter autre chose que les éternels programmes romantiques basés sur les relations homme/femme. Les Duchesnay sont des patineurs puissants, instinctifs et athlétiques, il en tire immédiatement partie. Lorsqu’ils présentent pour la première fois leur danse sur le thème “Jungle” (de son vrai nom “Rites Sauvages”), tout le monde leur prédit la catastrophe. Et pourtant… Aux Jeux de Calgary en 1988, et alors qu’ils appréhendent le retour sur leur terre natale, ils terminent 8èmes et obtiennent une ovation. Ils sont loin du podium mais on ne parle que d’eux. Ce programme marquera un tournant dans l’histoire, comme “Missing” après lui. Car non seulement ils se font remarquer sur la glace, mais en dehors, ils s’expriment beaucoup, en particulier pour se plaindre de l’immobilisme du milieu. Inutile de dire que ceci n’arrange pas leur réputation, dans un monde où un silence poli est de mise. A Albertville, Christopher Dean est commentateur pour la BBC. (Médaillé d’or à Sarajevo en 1984 avec Jane Torvill, il reviendra, toujours avec elle, dix ans plus tard à Lillehammer pour remporter le bronze). Les caméras se font un plaisir de le filmer dans son box de presse, visiblement stressé. Les deux danseurs le sont aussi. Dans les deux danses imposées, ils ne sont que 3èmes, derrière Klimova/Ponomarenko, et leurs compatriotes Uzova/Zhulin. Ils sont seconds de la danse originale, ainsi que de la danse libre, qu’ils patinent sur “West Side Story”. Grosse déception. L’or revient à Klimova et Ponomarenko, auteurs d’un programme fabuleux, mais plus convenu, sur “Toccata et Fugue” de Bach. La fratrie se contente de l’argent, d’assez mauvaise grâce. Ils voulaient l’or, en reconnaissance de leurs incroyables innovations qui ont dépoussiéré la discipline. S’ils avaient enfin obtenu cette reconnaissance aux Mondiaux de Münich l’année précédente, aux Jeux Olympiques, elle n’aura pas été totale. On ne les reverra plus sur le circuit amateur. Ce couple aura été le premier à provoquer des divisions intenses entre juges et public, le public ne comprenant pas la dissonance entre les notes et le spectacle auquel il assiste. D’autres couples se sont engouffrés dans la brèche innovative de l’époque : Gritschuk/Platov, Rhakamo/Kokko, Drobiazko/Vanagas. L’élan est pris, mais il faudra encore un peu de temps avant que la discipline ne se modernise vraiment. Deux autres couples français sont présents à Albertville : Dominique Yvon et Frédéric Paluel, tenants du titre national (les Duchesnay étaient forfait en raison de la blessure d’Isabelle), et Sophie Moniotte et Pascal Lavanchy. Ils terminent respectivement 8 et 9èmes.

Encore deux ans et Philippe Candeloro s’empare du bronze à Lillehammer. Deux ans plus tôt, les qualifications aux championnats d’Europe et aux Jeux d’Albertville lui sont passées sous le nez, au profit de Nicolas Pétorin, ce qu’il a très mal vécu. Il est entraîné par André Brunet qui l’a repéré à la patinoire de Colombes. Il lui restera fidèle toute sa carrière, contre l’avis de la FFSG. Pour la saison 1993/94, Philippe a choisi le thème du film “Le Parrain”. Si ses prédécesseurs ont été reconnus pour leur créativité, celle de Philippe monte encore d’un cran et le rend célèbre dans le monde entier. Seulement 5ème des championnats d’Europe de Copenhague quelques semaines avant les J.O., il craint de nouveau de ne pas être sélectionné. Son premier titre de champion de France lui évite cette nouvelle déconvenue. Personne ne s’attend à ce qui va se passer en Norvège, d’autant moins que des ténors de la spécialité sont revenus au patinage amateur après quelques années chez les professionnels : Kurt Browning, Brian Boitano, Viktor Petrenko. Après une chute en fin de prestation, Philippe créé la surprise en terminant 3ème du programme court. 5ème du libre, il conserve néanmoins sa place et rafle le bronze derrière Alexeï Urmanov et Elvis Stojko. Les Jeux de 1998 ont lieu à Nagano, au Japon, pays où le Français est adoré par le public. “D’Artagnan” a remplacé “le Parrain”, le succès est tout aussi grand. La FFSG ne souhaite pas envoyer Philippe aux championnats d’Europe de Milan, préférant qu’il se ménage, mais il proteste en s’adressant directement à la Ministre des Sports Marie-George Buffet, qui intercède en sa faveur. 9ème du court en Lombardie, il remonte finalement à la 3ème du libre pour se classer 5ème. Le voici, comme plusieurs de ses homologues avant lui, porteur du drapeau à la cérémonie d’ouverture de Nagano. Son résultat européen ayant été considéré comme une contre-performance, personne ne l’espère sur le podium au Japon. De plus, il n’est que 5ème lors du court. Mais il n’y a pas une seule erreur dans son libre, tous les sauts passent, et la séquence de pas dans laquelle il mime un duel de Mousquetaires va marquer l’histoire. L’or va à Ilia Kulik et son fameux costume de “giraffe on crack”, l’argent de nouveau à Elvis Stojko, et Philippe empoche sa deuxième médaille de bronze olympique avant de mettre fin à sa carrière amateur. S’il n’a jamais obtenu l’or mondial (seulement l’argent en 94 et le bronze en 95), il se venge en le décrochant dès l’an 2000 sur le circuit professionnel. Il monte ensuite sa propre troupe avec laquelle il sillonne l’Europe, et est membre d’Holiday on Ice. Philippe est un touche à tout qui n’a jamais cessé de diversifier ses activités depuis la fin de sa carrière de patineur - toute relative car il se produit toujours en spectacle, réussissant, à plus de cinquante ans, triples sauts et backflips malgré deux prothèses de hanche ! - : publication de livres, nombreuses participations télévisées, petit rôles au cinéma et en téléfilms, membre des “Grosses Têtes” à la radio, commentateur des compétitions de patinage pour France Télévision, animateur de téléréalité, animateur de sa propre émission “les Givrés” sur Ice Radio (Abre numa nova janela). Il s’est déclaré, cette année, candidat à la présidence de la FFSG, pour les élections du printemps 2026.

La danse sur glace fait son entrée olympique aux Jeux d’Innsbruck de 1976. Vingt-deux ans plus tard, Marina Anissina et Gwendal Peizerat remportent la médaille de bronze à Nagano grâce à leur “Roméo et Juliette”, précédés de Gritschuk/Platov et de Krylova/Ovsiannilov. La compétition danse se déroule alors en quatre épreuves : deux danses imposées, une danse originale et une danse libre. Marina et Gwendal sont 3èmes des trois premiers segments, et 4èmes du dernier, ce qui ne les empêche pas de grimper sur la plus petite marche de la “boîte”. Ils se sont associés en 1993. Préalablement à son transfert en France, Marina a été deux fois championne du Monde Junior avec Ilya Averbukh pour la Russie (1990, 1992). Au même championnat, Gwendal, avec Marina Morel, est 3ème en 1989 et 2ème en 1991. Averbukh choisit de poursuivre sa carrière avec Irina Lobatcheva et Marina Anissina fait son baluchon pour la France. Les couples Anissina/Peizerat et Lobatcheva/Averbukh se retrouveront adversaires sur la glace pendant des années, le plus souvent à l’avantage des Français. Ces derniers sont six fois champions de France, deux fois champions d’Europe, une fois champions du Monde et vainqueurs de quatorze Grand Prix, sans compter les secondes et troisièmes places. Entre leurs deux participations olympiques, ils sont les auteurs de danses libres inoubliables : “L’Homme au Masque de Fer”, “Carmina Burana”, “La Dernière Nuit de Beethoven”. Marina est la première danseuse sur glace à porter son partenaire dans des figures spécialement créées pour obtenir la dynamique nécessaire. Pour les Jeux de Salt Lake City, ils optent pour le thème de “Liberta”. Le schéma est toujours de quatre épreuves et ils gagnent les quatre, justement devant Lobatcheva/Averbukh et Margaglio/Fusar-Poli. Leurs compatriotes Isabelle Delobel et Olivier Schoenfelder sont 16èmes. Marina et Gwendal gagnent cette médaille d’or dans un contexte difficile. Les scores de la compétition couples ont fait l’objet de transactions entre plusieurs fédérations (voir “le scandale du jugement de Salt Lake City (Abre numa nova janela)”), dont la française et la russe, et le placement de la danse sur glace serait entré dans la balance comme monnaie d’échange. Les notes du couple lyonnais sont néanmoins indiscutables au regard de leurs prestations. Mais une ombre continuera longtemps de planer sur leur victoire. Deux ans plus tard, le système de notation “6.0” est abandonné au profit du “C.o.P.” (Code of Points), censé empêcher toute manipulation et tricherie. Vingt-deux ans plus tard, en 2026 et à la veille des Jeux de Milan, on sait que tout n’est pas réglé, loin de là…

Encore seize ans avant que la France renoue avec les médailles olympiques. Nous sommes en Corée du Sud, à Pyeongchang, en 2018. Gabriella Papadakis et Guillaume Cizeron tiennent le haut du pavé depuis trois ans et une danse libre qui a fait date : “Piano Concerto N° 23” de Mozart. Je me souviens très exactement de la première fois où j’ai assisté à ce programme : patinoire de Bordeaux Meriadeck, Trophée Bompard 2014. A la fin de leur prestation, je regarde une amie, Sophie C., assise à ma gauche. Nous avons toutes les deux les larmes aux yeux. Nous sommes de vieilles routières du patinage, des dures à cuire. Mais là… L’émotion est gigantesque. Papadakis/Cizeron sont loin d’être des inconnus puisque qu’ils ont été seconds des championnats du Monde juniors 2013. Cette danse libre sur la vibrante oeuvre de Mozart fait entrer toute la danse sur glace dans une autre dimension. En gros, on n’a jamais vu ça. Une telle fluidité, une telle grâce, une telle gestuelle, tout est nouveau, hypnotisant. La saison 2014/2015 les voit débarquer littéralement en boulets de canon. Ils passent des 15ème et 13ème places européenne et mondiale à la 1ère dans les deux championnats. A l’aube des J.O. 2018, le couple est déjà quatre fois champion de France, quatre fois champion d’Europe et deux fois champion du Monde (plus une médaille d’argent). La saison précédente et Pyeonchang voient le retour du couple canadien Tessa Virtue/Scott Moir, avec qui les Français s’entraînent au Canada. Les Canadiens étaient médaillés d’argent en 2014, ils sont en Corée pour gagner. Les Français n’ont pas l’intention de les laisser faire. Tout va se jouer sur une dysfonction vestimentaire. Dans la danse courte (pas encore “rythmique” à l’époque), l’attache de la robe de Gabriella cède sur la nuque. Le couple continue comme de si rien n’était, mais a été gêné. La robe est couverte de pierreries, ce qui la rend lourde, chaque mouvement pourrait la faire descendre jusqu’à la taille. Gabriella en montre, très involontairement, plus qu’il ne faut, mais ne sera heureusement pas sanctionnée (les “wardrobe malfunctions” valent habituellement 1 point de déduction). Le couple n’a pas pu donner son maximum et se retrouve second, à moins de deux points de Virtue/Moir, ce qui est rattrapable. Gabriella et Guillaume gagnent la danse libre, battant leur record personnel et le record du monde, mais avec moins d’un point d’avance, ce qui ne suffira pas à doubler les Canadiens. La médaille d’or est pour eux, les Français se contentent de l’argent. On fait difficilement plus différent que “Moulin Rouge” et “La Sonate au Clair de Lune” de Beethoven, mais les deux programmes sont superbes et les fans de l’un comme de l’autre s’écharpent encore à ce sujet sur les réseaux sociaux huit ans après ! Virtue/Moir prennent leur retraite, cette fois pour de bon. Gabriella et Guillaume participent aux championnats du Monde de Milan et les gagnent. L’année suivante ils sont champions d’Europe à Minsk et du Monde à Saïtama. En 2020, ils sont seconds des championnats d’Europe, battus par surprise, et pas très logiquement, par les Russes Sinitsina/Katsapalov. Les championnats du Monde prévus à Montréal sont annulés pour cause de pandémie, comme le seront les Euros 2021. Les Mondiaux de cette même saison ont lieu à Stockholm, et à huis clos, le coronavirus continuant de rôder sur la planète. Le couple français n’effectue pas le voyage, la ré-entrée de Gabriella au Canada pouvant poser problème, car elle n’est pas résidente permanente dans le pays et pourrait rester bloquée en Europe. Il n’est pas question de prendre du retard sur la préparation de la saison 2022, celle des Jeux. Histoire de se rôder, ils gagnent leurs deux Grand Prix en Italie et en France. Ils font ensuite l’impasse sur les Euros, et raflent l’or olympique tant attendu à Pékin, devant Sinitsina/Katsapalov et les Américains Hubbell/Donohue.

Pour faire bonne mesure, ils gagnent également les Mondiaux de Montpellier, toujours devant Hubbell/Donohue et leurs compatriotes Chock/Bates. Tous les six sont camarades d’entraînement, ce qui donnera lieu à des conférences de presse et des podiums épiques, entre blagues potaches et fou-rires. A l’issue de cette ultime médaille d’or mondiale à la maison, ils décident d’une pause d’au moins une saison. Ils patinent encore ensemble en gala jusqu’à la fin de l’année, puis s’adonnent chacun de leur côté à des activités différentes, la chorégraphie en particulier pour Guillaume - Gabriella en créera quelques unes aussi -, avant d’annoncer abandonner la compétition en décembre 2024. Leur palmarès complet (senior) : sept fois champions de France ; quatre victoires en compétitions internationales ; trois victoires en Challenger Series ; dix victoires en Grand Prix ; deux médailles d’or en Finale du Grand Prix, une d’argent et une de bronze ; cinq médailles d’or européennes et une d’argent ; cinq médailles d’or mondiales et une d’argent ; l’argent et l’or olympiques. Au cours de leur carrière, ils n’ont cessé d’améliorer leur record de points à quasiment chaque compétition, battant aussi tous les records mondiaux.

Coup de théâtre en février 2025 : Guillaume Cizeron revient à la compétition avec la Canadienne Laurence Fournier-Beaudry, et l’objectif assumé de remporter une nouvelle médaille d’or aux Jeux Olympiques de Milan. Ils commencent leur saison aux Masters de Villard de Lans qu’ils remportent, tout comme les championnats de France Elite de Briançon. Ils gagnent ensuite le Finlandia Trophy et le Trophée de France, avant de terminer seconds de la Finale du Grand Prix et de gagner les championnats d’Europe de Sheffield. La compétition par équipe des Jeux Olympiques de Milan commence demain matin avec la danse rythmique dans laquelle ils sont alignés, avec l’espoir de qualifier la France au programme libre, et avant de disputer les épreuves individuelles la semaine prochaine. En route pour une nouvelle médaille d’or ? Réponse le mercredi 11 février !
Par Kate Royan - 5 février 2026