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Renoir et l'Amour ; Renoir dessinateur | Musée d'Orsay

Il faut être d'un ineffable snobisme pour ne pas aimer Renoir. Et d'une incroyable prétention pour penser que quiconque a besoin de moi comme prescripteur pour aller voir une exposition dédiée à ce peintre — à plus forte raison deux !1

Dans ma quête éternelle et inassouvible d'originalité, je vais donc plutôt me lancer dans un récit anthropologique à deux couches avec bien sûr une touche de spiritualité, car que serait un de mes articles sans un questionnement quasi-religieux ?

Et je vais introduire mon propos par deux questions : à quel son associez-vous un musée ? Et aimez-vous la peinture de Renoir ?

Avec ces réponses en tête, représentez-vous la scène suivante. Une employée du Musée d'Orsay, une maman, une poussette, une enfant, à l'entrée de la queue — plutôt vide, nous fûmes matutinaux — qui mène à l'exposition. Il semble qu'auparavant, la jeune enfant qui occupe la poussette a manifesté un peu bruyamment sa présence, ce qui lui vaut la douce mais ferme remontrance suivante de la part de la surveillante :

— Tu sais, on est dans un musée, et si tu continues à faire du bruit, je vais devoir te faire sortir.

Remontrance manifestement approuvée par la maman, et dont la solennité semble avoir ramené l'enfant à la raison.

Et puis l'exposition, blindée dès le matin, parcourue avec le brouhaha caractéristique d'une foule qui s'efforce d'être silencieuse en bruit de fond.

Avec une telle densité, difficile de profiter pleinement des œuvres (ce qui n'arrange pas non plus le cadrage de mes photos, ne pouvant me positionner dans des conditions optimales en face d'une œuvre, et qui donnent déjà des résultats médiocres, alors imaginez quand je suis de trois-quarts...), mais la scène introductive m'avait mis dans une position d'anthropologue (on est d'accord qu'avoir lu Tristes tropiques qualifie automatiquement à ce rôle ?), et je me suis mis à me demander pourquoi tant de gens aiment Renoir.

Je pense que c'est une visiteuse qui a répondu à cette question (et le commissaire avec quelques commentaires pertinents auparavant), en disant en substance :

"Quand je pense à Renoir je vois la joie on se croirait en mai."

Et l'on entre ici dans la deuxième couche d'anthropologie, celle de l'idée qui sous-tend l'exposition : Renoir a peint sans mépris et avec bienveillance les joies simples des gens simples de son époque, et les a représentées de façon lumineuse là où, d'après le commissaire de l'exposition, Maupassant et la petite-bourgeoisie ne voyaient que dépravation. Et cette idée là, je pense, est immédiatement accessible à à peu près tout le monde. À la fin, la vie, ce sont quelques joies simples, et Renoir, littéralement, les met en lumière.

Je menais tranquillement cette réflexion quand je fus ramené à une forme de réalité et à ma première couche d'anthropologie — et j'espère que vous aurez noté l'hommage cinématographique subliminal — par un "shhhh" (l'anglais a to shush, c'qui vaut bien notre onomatopée) massif lancé par je ne sais qui, qui bouclait la boucle de l'idée qu'un musée est un lieu de recueillement collectif, un des avatars de ce besoin des humains de se recueillir au-delà d'eux-mêmes.

Une belle exposition, et une autre raison de continuer cette infolettre : elle donne une profondeur de plus à mes visites, en leur donnant l'enjeu du partage large.

P.S. : vous connaissez quelqu'un qui n'aime pas Renoir ? Demandez-lui son avis sur mon article !

  1. Le Musée d'Orsay consacre en effet non pas une mais deux expositions à Renoir, l'une sur sa peinture et son rapport à l'amour, l'autre sur son travail de dessinateur, qui nous a semblé plus intéressante à mon épouse et moi, qui sommes sensibles au comment parfois plus qu'au quoi.

Tópico Exposé d'une exposition