Pas comme les autres, parce que cette Finale, comme tous les quatre ans, sert de répétition aux Jeux Olympiques qui auront lieu dans une cinquantaine de jours. Les six meilleurs mondiaux de chaque discipline s’y affrontent, avant de rentrer à la maison disputer leurs championnats nationaux respectifs, puis les Championnats d’Europe pour les uns, et les Quatre Continents pour les autres. Les épreuves de Nagoya sont donc leur ultime confrontation avant Milan 2026.

Surprise lors du programme court messieurs, Ilia Malinin n’est que 3ème (94.05). Son quad Axel, réceptionné sur le quart, lui vaut une ligne des GOEs à -4 et -5. Rebelote avec le triple boucle combiné au quad Lutz, les grades d’exécution vont de 0 à -2. Ilia est faillible, donc humain ! Yuma Kagiyama (108.77) et Shun Sato (98.06) s’engouffrent dans la brèche, le premier avec une prestation propre, le second avec une petite erreur sur le triple Axel. Daniel Grassl est 4ème (94) et la mauvaise affaire du jour revient à Adam Siao Him Fa qui tombe sur son quad Lutz d’entame. Une combinaison absente lui vaut une seconde ligne de -5. Il est 5ème (78.49), devant Mikhail Shaidorov (71.30) qui commet exactement les mêmes erreurs. Lors du libre, Malinin remet illico les pendules à l’heure en sortant l’artillerie lourde : sept quadruples sauts, toute la panoplie, et, cerise sur le gâteau : tous propres ! Pas une poussière de carre de travers. Il remporte le libre avec un score de 238.24, soit 44,6 points de mieux que les 193.64 de Kagiyama qui échoue au 4ème rang, après deux erreurs coûteuses sur triple flip/double boucle et sur triple Axel. Le Japonais monte cependant sur la seconde marche du podium (302.41), mais en rendant 30 points à l’Américain au total. Shun Sato est médaillé de bronze (194.02/292.08). Daniel Grassl et son strip-tease papal sont 4èmes (288.72), mais l’Italien s’offre la seconde place du libre (194.72) avec un programme sans la moindre erreur. Adam Siao Him Fa reste 5ème (180.15/258.64) et Shaidorov ne bouge pas non plus (170.89/242.19). Voir Grassl écoper de meilleures composantes qu’Adam dans les deux segments de la compétition est pour le moins… agaçant. Quelle que soit la réussite technique, niveau composition, skating skills et présentation, entre les deux patineurs, il n’y a pourtant pas photo.

La compétition féminine se joue entre deux nations : Japon et Etats-Unis. Mone Shiba démarre en trombe avec un court parfaitement propre et la première place (77.27), mais dégringole au 6ème rang du libre (132.95) après deux chutes sur triple boucle et triple Salchow, tous les deux dégradés. On l’imaginait gagnante, elle n’est pas sur le podium, seulement 5ème (210.22). Alysa Liu, seconde du court (75.79), est 3ème du libre (146.70), mais compte tenu des changements au classement entre les deux épreuves, se retrouve, à sa plus grande joie, sur la plus haute marche du podium (222.49). Les deux seuls accrocs sur sa feuille de score sont les mêmes dans les deux segments : un quarter pour le triple boucle piqué en combinaison. Ami Nakai, 3ème le jeudi (73.91), monte d’un cran le samedi pour rafler la seconde place (146.98) et se pare (presque) tranquillement de la médaille d’argent. Le triple Lutz de Kaori Sakamoto passe seulement en double dans le programme court et est invalidé. Même si elle récolte les meilleures PCS du jour, elle n’est que 5ème avec un maigre 69.40. La triple championne du monde n’a pas dit son dernier mot : elle gagne le libre (149.40) avec une excellente prestation, fluide, délicate, et tonique. Elle termine en bronze avec un score de 218.80. Avec Amber Glenn, c’est un peu tout ou rien. Lors du court, elle éclate son célèbre triple Axel en simple, le rendant impossible à noter, ce qui la relègue au dernier rang. Elle n’est pas la seule à tenter ce “3A”, Ami Nakai et Rika Watanabe s’y risquent aussi, mais seule Rika le réussit aujourd’hui. On sait Amber irrégulière, en particulier dans les programmes libres, mais elle est aussi très combative. L’épreuve du samedi la voit remonter en 4ème place (144.65), malgré un triple boucle en sous rotation. Elle est également 4ème au classement général (211.50), devant Mone Chiba et Rika Watanabe qui ferme la marche (207.14).Au contraire de la compétition messieurs, pas d’écarts de points gigantesques chez ces dames, seulement 15 de la première à la dernière. La lutte à Milan sera âpre, et les championnats nationaux américains et japonais à venir, très disputés.

Chez les couples, Riku Miura et Ryuichi Kihara mènent le court avec une avance minuscule sur Sara Conti et Niccolo Macii : 77.32 contre 77.22. Le score technique des Italiens est très légèrement supérieur à celui des Japonais, ces derniers accusant pourtant un triple boucle piqué parallèle en sous rotation, quand la prestation de Sara et Niccolo est intégralement propre. Anastasiia Metelkina et Luka Berulava sont 3èmes (75.04), devant Maria Pavlova et Alexeï Sviatchenko (72.84). Où sont passés les Allemands Hase/Volodin qui faisaient figure de vainqueurs possibles? A travers leur Salchow auquel il manque deux tours sur trois, et qui est invalidé. Ils ne sont que 5èmes (71.68), précédant de peu Deanna Stellato-Dudek et Maxime Deschamps (71.07), en petite forme : GOEs négatifs pour triple boucle piqué et triple boucle lancé, et une spirale hésitante. On prend les mêmes et on recommence dans le libre, mais pas dans le même ordre. Minerva Fabienne Hase et Nikita Volodin prennent leur revanche et gagnent l’épreuve (149.57) avec un programme subtil et superbe. Miura/Kihara les suivent à moins de deux points (147.89) avec une performance beaucoup moins nette (erreurs sur triple boucle piqué suivi de deux double Axels en séquence, et sur le triple boucle lancé) mais très bien notée, ce qui leur permet de remporter l’or (225.21). Les Allemands se contentent du bronze (221.25) mais s’en disent satisfaits, après leur court raté. Conti/Macii reculent d’un rang (146.06) malgré un programme parfait, mais décrochent tout de même la médaille d’argent (223.28). L’inflation locale japonaise aurait-elle frappé ? Metelkina/Berulava sont 4ème de ce libre (136.49 et au général (211.53), devant Pavlova/Sviatchenko (135.49/208.33). Stellato-Dudek/Deschamps rencontrent de nouveau des difficultés : erreur dans la combinaison avec Axels en séquence, petit double Salchow qui chavire, triple boucle lancé mal reçu, chute sur triple Salchow lancé. Ils restent en queue de peloton (123.29/194.36), loin des scores qui leur ont permis d’être champions du Monde à domicile en 2024.

La question est dans toutes les têtes : en danse, va t’on assister à la même gabegie qu’au Finlandia Trophy il y a quinze jours ? La réponse est non, heureusement ! Madison Chock en toréro ? Pourquoi pas ? La dame a suffisamment de tempérament pour qu’on y croit. Son époux Evan Bates en taureau ? Avec son visage d’angelot, c’est moins évident. Leur danse libre s’est beaucoup étoffée depuis le début de saison, mais elle reste moins originale et créative que ce qu’ils ont pu proposer dans le passé. Dommage pour une année olympique…

Mais commençons par la danse courte : les Américains sur Lenny Kravitz prennent la tête (88.74) avec une petite avance sur Laurence Fournier-Beaudry et Guillaume Cizeron (87.56). Je préfère largement Kravitz à Madonna, mais je préfère aussi, et de loin, la technique des Français, plus vifs, plus toniques, aux carres plus profondes. Cette danse rythmique voit Piper Gilles et Paul Poirier s’installer au 3ème rang (82.89), battant Lilah Fear et Lewis Gibson de très peu (82.55). Il était temps que les Canadiens doublent leurs cadets, leur patinage étant techniquement très supérieur. Ca ne va, hélas, pas durer, du moins du côté du jury. Leur nouvelle version de “Vincent” dans la danse libre semble ne pas plaire. Il est vrai qu’elle est moins subtile et poétique que celle de 2018. Mais niveau subtilité et poésie, on repassera avec le thème écossais des Britanniques, cousu de fil blanc comme un mauvais tartan. Finalement, quitte à faire le show, autant le faire comme Alison Reed et Saulius Ambrulevicius, sur deux danses de même facture, mais enlevées, sincères, bien construites et techniquement nettes (5èmes du début à la fin, avec un total de 199.61). On s’attend à ce que Laurence et Guillaume remportent le libre, voire même gagnent la compétition, '“The Whale” étant un thème beaucoup plus délicat et créatif que le Flamenco des Américains. Mais le talon de Laurence s’accroche dans sa jupe et elle tombe dans la dernière partie du programme. De plus, un porté dépasse de nouveau les treize secondes imparties. Cette fois, c’est celui en courbe et non le rotationnel comme en Finlande. Les Français restent seconds (126.69/214.25). Les fans d’Outre Atlantique vous diront que leur danse libre est “prétentieuse” car trop cérébrale, trop éthérée. Les tricolores trouveront Chock/Bates trop classiques et trop prévisibles. Les sensibilités sont différentes d’un continent à l’autre. Pour faire bonne mesure, j’aime les deux prestations, mais la qualité de patinage du nouveau couple français me semble indiscutablement, et à tous points de vue, supérieure. Le programme est beaucoup plus difficile techniquement, risqué même, avec des changements d’appuis incessants, et des transitions compliquées qu’ils savent rendre visuellement faciles. Ce libre m’évoque un mélange d’Interstellar et d’Avatar, sans les effets spéciaux, un autre monde mis à notre portée par deux êtres de chair et de sang. A la lecture des scores détaillés, même sans les deux déductions légitimes, Laurence et Guillaume n’auraient pourtant pas battu Madison et Evan. Ecrasée par une comptabilité de bureaucrates tatillons à mauvais escient, la créativité ne paie plus.

Fear/Gibson sont 3èmes (126.26) de cette FD, avec des PCS plus élevées que celles des Français. Même si c’est de très peu, c’est parfaitement ridicule. Les Britanniques remportent donc le bronze (208.81), poussant Gilles/Poirier hors du podium (208.75), pour 0,06 points. De quoi se mordre les patins. Zingas/Kolesnik, qualifiés surprise aux dépends de compatriotes plus expérimentés, 6èmes de la RD, restent à la même place dans le libre comme au final (117.83/193.61). A noter qu’ils écopent d’un “S” dans la médiane de leur danse rythmique, ce qui sanctionne une interruption de contact illégale entre les deux patineurs. Comme le “!” apparu depuis peu, le “S” était jusque là rarissime, voire inexistant. Les juges ont donc vraiment pour consigne de tout observer à la loupe. Je ne suis pas contre, mais, même sans microscope, comment peut-on donner aux twizzles de Chock/Bates de tels grades d’exécution alors qu’ils tournent au ralenti comme un diesel encrassé par un filtre à particules défaillant ? Ceux des Français, réalisés à la vitesse du son sans une once de rupture d’équilibre, ne devraient leur valoir que des +5, quand ceux de leurs camarades d’IAM ne mériteraient guère plus de +3. La sévérité et la méticulosité du jury sont décidément à géométrie variable.

Un grand coup de chapeau à Ambre Perrier-Gianesini et Samuel Blanc-Klaperman qui rentrent de Nagoya avec une très belle médaille d’argent de danse junior (158.28). On les retrouve dès demain, 18 décembre, à la patinoire de Briançon pour les championnats de France Elites.
Kate Royan
Résultats et scores détaillés (Site I.S.U.) (Si apre in una nuova finestra)