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Grand Prix de France Angers 2025 - Danse libre : L’océan, du tartan et un disc-jockey…

© I.S.U.
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Le début de la mélodie de “The Whale” (La Baleine) n’est fait que de quelques notes, linéaires, et le relief, c’est eux : Laurence Fournier-Beaudry et Guillaume Cizeron. Ils sont un miroir l’un pour l’autre, leurs gestes se reflètent et se complètent. Guillaume fait ce qu’il sait faire de mieux : du Guillaume Cizeron. Laurence s’est calquée sur la personnalité de son nouveau partenaire. Le résultat est tout en délicatesse, lignes épurées, mais aussi en une puissance très nouvelle. La deuxième partie de cette danse sur le thème de l’eau monte en émotion à mesure que la musique va crescendo. On pourrait difficilement faire mieux : vitesse, énergie, subtilité, pureté. Le couple rafle un énorme score de 133,02 et 211.02 points au final. Oubliée, la chute d’hier et la 3ème place de la RD. Une avalanche de +4 et +5 en GOEs, un 10 en composition, trois en présentation et la moyenne des “skating skills” est à 9.50. Tout ceci pour une première compétition internationale et après dix petits mois de travail commun. A l’annonce de leur association, ils parlaient de pari, de challenge. Il ne va pas leur être difficile de le gagner, ils ont déjà commencé. Un seul petit bémol pour moi : j’aurais aimé qu’ils se trouvent une nouvelle identité, totalement différente de celles qu’on leur a respectivement connues par le passé. Mais c’était sûrement impossible en si peu de temps. Impossible aussi car le tempérament flamboyant qu’avait montré Laurence avec son ancien partenaire était sans doute incompatible avec cette association, portée par la réputation et les succès de Guillaume. La jeune femme a de multiples facettes à son talent et une très grande capacité d’adaptation. On n’en oubliera pas Gabriella Papadakis pour autant. Mais ce chapitre est dorénavant clos pour de bon. Je lui souhaite autant de renouveau, de bonheur et de réussite dans ses propres projets. Elle l’a plus qu’amplement mérité. Restent un phénomène qui me gêne, et beaucoup de questionnements : quand un/e athlète doit choisir entre son sport et son bien-être mental, c’est que ledit sport a d’énormes lacunes à combler.

© I.S.U.
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Costumes de tartan rouge et “The Bonnie Banks of Loch Lomon”, “I’m Gonna Be (500 miles) des Proclaimers, couronné par “Auld Lang Sylne”, connu en français comme “Ce n’est qu’un Au Revoir”. Les Britanniques Lilah Fear et Lewis Gibson ne s’en vont pas, au contraire, ils briguent les sommets. Projet que le couple français N°1 vient largement contrecarrer. Ce n’est pas ce qui va les arrêter. Le programme est, comme toujours, très bien conçu. Festif, enlevé, du pur “entertainment”. Un peu loin de la vraie danse sur glace cependant. Ce n’est pas nouveau, faire le show est leur fonds de commerce et ça fonctionne du feu de Dieu. Tout le monde s’y laisse prendre, même moi, qui ai le nez rivé à certaines carences que Lilah n’est jamais arrivée à combler. Avec le temps, j’ai fini par m’habituer. Les juges visiblement aussi. De leur part, c’est plus ennuyeux. Mais le patinage dans son ensemble a besoin d’un souffle neuf pour ne pas croupir, le spectacle en fait partie, tout le monde y trouve son compte. Sauf un certain couple qui se fait sabrer au passage pour élaguer les lieux, je vais y venir. Il est plus facile pour un public d’amateurs, au sens non-initiés, de “comprendre” un programme de Fear/Gibson que les arcanes du CoP. Du coup, en ce qui concerne les notes, le couple britannique si populaire et généreux, n’est pas si loin du couple français. Ce qui hérisse un peu, voire beaucoup, les puristes, car entre les deux, il y a un univers de technicité entier. Une séquence sur un pied de Lilah niveau 3 quand celle de Laurence n’est que niveau 2 ? Hum comment dire… Une désynchronisation des deux partenaires dans cette même séquence n’est pas relevée par le jury. Tant mieux pour Lilah et Lewis qui montent sans souci sur la seconde marche du podium avec une FD cotée 125.86 et un total de 210.24.

© I.S.U.
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Forts de leur récente qualification olympique, Allison Reed et Saulius Ambrulevicius ont le feu aux patins. On change de registre avec leur free dance patinée sur “God is a D.J.” de Jason Howes. Dieu est un disc-jockey. Pourquoi pas ? On en apprend tous les jours. Y compris que les Lituaniens, qui semblaient se cogner à un plafond de verre depuis de nombreuses saisons, ont réussi à le briser l’an dernier et ne font que monter. Ils sont très vifs mais le début du programme paraît un peu vide chorégraphiquement parlant. Il se densifie nettement par la suite. Les progrès techniques d’Allison sont de plus en plus évidents. Les deux partenaires sont solides, de bons glisseurs, ils occupent bien la glace. Saulius est un danseur élégant et expressif. Je trouve donc les plus de 5 points d’écart qui les séparent des Britanniques un peu sévères. Le programme des Lituaniens est largement aussi tonique et rafraîchissant que celui de Lilah et Lewis. Mais voyons le bon côté : dans un sport où la hiérarchie est souvent indéboulonnable, les lignes ont bougé. Allison et Saulius quittent Angers avec la médaille de bronze (120.07/201.05).

Les dindons de la farce sont une nouvelle fois Charlène Guignard et Marco Fabbri. Leur seul tort a sans doute été d’attendre ce Grand Prix pour démarrer leur saison. Mauvais calcul car la disgrâce du jury tombée plus tôt leur aurait permis de rectifier le tir. Il n’est d’ailleurs peut-être pas trop tard. Il est clair que leurs deux danses ne plaisent pas. Lors de la RD, deux juges ont demandé une “music violation” sans être suivis par leurs homologues. Une histoire de nombre de battements dans le tempo de la partie lente. Ce genre de calcul est pourtant la grande spécialité de leur coach Barbara Fusar-Poli. Il serait étonnant qu’elle se soit trompée. Qu’est-ce qui ne va pas dans la danse libre d’aujourd’hui ? A première vue, rien, bien au contraire. Les Italiens sont revenus à un registre romantique dans lequel ils excellent. La bande originale du film “Diamanti” leur va comme un gant. Leur unisson est parfaite et me rappelle une phrase de Roger Zabel entendue lors des J.O. d’Albertville face au couple Klimova/Ponomarenko : “s’ils sont aussi unis dans la vie que sur la glace, comme ils doivent être heureux !” Heureux ils ne le seront pas plus qu’hier. Beaucoup de GOEs qui végètent à + 2, autant de composantes qui commencent par un 8. Ils n’ont pourtant pas changé, ni perdu leur glisse phénoménale, ni leur technicité et leur talent. On les dirait sacrifiés sur l’autel de la modernité dont veut se prévaloir l’I.S.U. Charlène et Marco ne sont pas les premiers danseurs sur glace à poursuivre leur carrière à 36 et 37 ans. Deanna Stellato-Dudek en a 42, Zoe Jones en avait autant, et personne ne leur a montré la direction de la porte. Le couple italien n’a rien non plus de démodé. “Ma vie reviendra” chante Giorgia Giulano dans la B.O. qui sert de trame à leur FD. Il se pourrait bien que leur carrière se finisse, elle, en eau de boudin, alors que les Jeux Olympiques se déroulent chez eux, et plus précisément dans la ville natale de Marco. Ils gagnent quand même une place par rapport à la RD et échouent au pied du podium (118.73/195.98).

Puisque les Italiens sont montés d’un cran, quelqu’un est descendu d’autant : Diana Davis et Gleb Smolkin. Normal, ils n’auraient jamais dû être plus haut. Il n’y a rien de particulier à reprocher à leur danse libre. Elle est jolie, bien construite sur la “Sonate pour Violoncelle et Piano N° 1” de Myaskovski et “A Taste of Elegance” de A.S. Versnaeyen. Le talent et la technique des patineurs n’est pas en cause. Pas plus que ne l’est la chorégraphie même si certaines attitudes sont répétitives. L’exécution est propre. Alors ? Alors c’est fade. C’est le plat du dimanche de mamy auquel on aime bien goûter. C’est bon, mais le lendemain, on ne se souvient pas de ce qu’on a mangé. Puisqu’on y est, disons aussi que le tout manque de subtilité. Cette petite potée bien mijotée mais non mémorable rapporte à ses auteurs 116,47, 194,27 au total et la 5ème place. Voir les Géorgiens à seulement quelques dixièmes des composantes des Italiens me donne de l’urticaire géant et la lèpre ajourée.

Marie-Jade Lauriault et Romain Le Gac se portent bien et c’est un plaisir de les retrouver. Le thème de Cléopâtre est un classique, mais ils savent l’exploiter. La gestuelle est soignée, ils sont toujours aussi athlétiques. Ils finissent 6èmes de la danse libre (112.74) et du classement général (186.49). Ils sont suivis des deux couples américains Eva Pate/Logan Bye (107.36/178.68) et Emily Bratti/Ian Somerville (107.71/172.80) au classement général, mais dans l’ordre inverse lors de la FD, Emily et Ian prenant très légèrement l’avantage. Natacha Lagouge et Arnaud Caffa (103.21/171.29) ont un très joli programme sur “J’oublie” de Milva. Ils prouvent de nouveau qu’ils savent s’exprimer dans tous les registres. Mais ils semblent avoir du mal à franchir une certaine étape technique et aussi bien GOEs que composantes stagnent. Célina Fradji et Jean-Hans Fourneaux perdent un point pour porté trop long mais le reste de leur danse est propre, avec des twizzles niveau 4. La veille en interview, Jean-Hans nous a dit se sentir moins à l’aise dans cette danse libre que dans la RD. Qu’il se rassure, ça ne se voit pas. Du tout. Le programme est très bien construit autour de trois partitions qui montent en intensité et en émotion. La gestuelle est travaillée jusqu’au bout des doigts. En un mot, ou plutôt en cinq : du pur Villard de Lans. Mais adapté, comme il se doit, à la personnalité des exécutants. Ils sont 10èmes (92.00/148.92).

Par Kate Royan

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