
Leurs scores crèvent le plafond : 139.39 pour la danse libre, dix-sept fois 10 en composantes, une majorité de +5 en GOEs, et 233.70 au total. Leurs meilleures notes de la saison, inflation nationale oblige, phénomène bien connu et identique pour les championnats nationaux de tous les pays. Mais la danse libre de Laurence Fournier-Beaudry et Guillaume Cizeron donne plus que jamais le frisson. Leur interprétation du thème de l’eau sur la bande originale de “The Whale” est magistrale. J’habite près d’un lac sur lequel j’aime naviguer, et moi qui suis dépourvue de la moindre fibre poétique, je retrouve dans leur interprétation, les vagues sous le vent, les orages d’été, le calme et les brumes de l’hiver, les remous ou, au contraire, la plus parfaite limpidité. Une véritable réussite.

La danse libre d’Evgeniia Lopareva et Geoffrey Brissaud ne cesse d’évoluer, et de la plus jolie manière. Le thème musical est cohérent : “All is Full of Love” et “Bachelorette” de Björk, entrecoupés de “The Return” de Clann. Le patinage est fluide et très rapide. Les niveaux sont bons : 4 pour portés, twizzles et pirouettes, 3 pour la médiane. La séquence sur un pied obtient 3 pour Evgeniia et seulement 2 pour Geoffrey. Les composantes sont meilleures que dans la RD. On se laisse facilement emporter dans leur univers intimiste, à la fois doux, généreux et stimulant. Ils sont très logiquement seconds du libre (122.15) et médaillés d’argent (203.80).

Je ne suis pas plus calée en jeux vidéos que je ne suis poète, pourtant je plonge tête baissée, et avec joie, dans le monde que nous présentent Loïcia Demougeot et Théo Le Mercier. Les costumes, la musique, la chorégraphie m’ont donné envie d’en savoir plus long sur League of Legends, et j’ai pu constater que le thème est intelligemment exploité. “The Curse of the Sad Mummy” (le Maléfice de la Momie Triste) parle de deuil et de solitude, mais aussi d’espoir ; comme “Enemy” de Imagine Dragons parle de piège et de rédemption. Loïcia est à la fois sensuelle, mystérieuse et un peu dangereuse. Théo est puissant, expressif, solide comme un roc. Avec 113.22, les fleurons de l’école villardienne collent à leur season best, et battent leur record total avec un 194.07 qui leur rapporte la médaille de bronze. Marie Dupayage et Thomas Nabais gagnent une place par rapport à la danse rythmique (pour quelques dixièmes de points, 105.57) mais restent 5èmes au classement général (172.17). Natacha Lagouge et Arnaud Caffa sont 4èmes au final (178.74), après avoir pris le 5ème rang de la RD (105.22). Célina Fradji/Jean-Hans Fourneaux perdent un point pour porté trop long et Jean-Hans perd un niveau (2) sur sa partenaire (3) après une erreur dans les twizzles. Ils sont 7èmes de cette RD (92.40), doublés de très peu par Louise Bordet/Martin Chardain (92.63). Au final, l’ordre de ces deux couples s’inverse avec Célina et Jean-Hans 6èmes (157.24) et Louise et Martin 7èmes (151.23).

Un quarter pour leur triple Salchow, il manque une combinaison et le programme dépasse le temps imparti, mais Camille et Pavel Kovalev conservent leur titre national pour la cinquième année consécutive. Ce libre sur “Come Together” version Gary Clark, “After Dark” de Tito & Tarentula et “Seven Nation Army” des White Stripes, est, à mon avis, l’un des mieux construits qu’ils aient jamais eus. L’effet Bruno Massot ? Tout est fait pour souligner leurs points forts. Ils paraissent très à l’aise sur la glace briançonnaise. Avec 113.27, ils ont une bonne avance sur leurs premiers poursuivants, et leur total de 177.06 leur assure sans souci la victoire.

Aurélie Faula et Théo Belle sont moins percutants que dans le court. Le triple twist est de niveau 2, Aurélie pose les mains sur la glace à la réception du triple boucle lancé, l’Axel est exécuté en simple et la séquence chorégraphique n’est pas valide. Dommage car le programme est monté sur des musiques originales : “Yearning” de Raul Ferando, “Hob Fi Dimashq” de Radwan Nasri et “Oasis” du compositeur allemand Jo Blankenburg. Le thème égyptien est soigné, la chorégraphie de Mahil Chantelauze créative. 108.94/171.64 les amènent à la deuxième place du libre comme de la compétition.

Louise Ehrhard et Matthias Pellegris grimpent d’un rang avec 97.67 et quelques erreurs, tandis que Megan Wessenberg et Denys Strekalin prennent l’ascenseur dans l’autre sens (93.39), leurs propres erreurs étant plus sévères et donc plus coûteuses, en particulier la chute à l’atterrissage du triple Lutz lancé. Au classement total, Louise et Matthis sont 3èmes (151.35) et Megan et Denys 4èmes (148.62).

Côté messieurs, on attend avec impatience la bagarre fratricide entre Kevin Aymoz et Adam Siao Him Fa. Le second cité monte sur la glace en premier. Aucun de ses sauts ne va passer, sauf le quad Lutz. Aucune chute non plus, mais, de retournement à dépassement de temps, en passant par mains sur la glace et répétition d’un quad boucle piqué qu’il n’a pas pu réaliser en combinaison, les grades d’exécution dégringolent. Adam est loin de ses scores des années passées (159.01). Elle est pourtant belle, cette “Création d’Adam”, parfaitement millimétrée. Ses meilleurs GOEs vont à la séquence de pas, spectaculaire. Il empoche la médaille d’argent (244.43), mais personne ne s’attendait à l’écart qui le sépare de Kevin : 28.99 points. Il va falloir travailler, mais, aussi et surtout, se reposer en vue des Jeux Olympiques, car le Niçois d’adoption semble fatigué.

Le boulevard est ouvert pour Kevin. Il joue la sécurité avec un Axel qui n’a que deux tours dans sa combinaison d’entrée. Tout passe ensuite, sans casser ni lasser. Pas de quad cependant, mais il n’en a pas besoin pour gagner. Son “Boléro” est fluide, limpide, vécu avec les tripes, plein d’émotion. A la fin de sa prestation, toute la patinoire est debout. Avec 185.32 et sans quad, il n’est qu’à 5 points de son propre record, ce qui est de très bonne augure pour l’avenir. Un total de 273.42, lui offre son septième titre national. Il n’y a pas si longtemps, il fallait sauver le soldat Kevin que tout le monde enterrait allègrement. Le soldat Kevin s’est sauvé tout seul comme un grand, et y a gagné confiance, maturité, et un beau regain d’enthousiasme.

Luc Economidès (143.34) perd la 3ème place du libre au profit de François Pitot (148.01) pour reculer à la 5ème. Ce qui ne l’empêche pas de monter sur la 3ème marche du podium avec un total de 226.35. Le “Clair de Lune” de Luc connaît quelques accrocs, dont une chute sur son second Axel prévu en combinaison. Mais pour un grand fan de rap, le thème lui va étonnement bien. Il sait l’interpréter avec sensibilité, malgré le grand écart qui consiste à passer de Kanye West à Debussy. Le medley des Beatles arrangé par Cédric Tour va tout aussi bien à François. Mais il chute sur son premier saut, le redoutable et redouté quad Salchow. L’Axel solo ne passe qu’en double, ce qui pose problème lors de la combinaison triple Axel et deux fois double Axel en séquence : il y en a un de trop, le dernier, invalidé. Encore une petite scorie sur le triple Lutz. L’élève de Romain Ponsart est 4ème de la compétition (225.78), suivi de Samy Hammi, auteur d’un bon libre (146.60/215.55). (Le reste du classement) (Opens in a new window).

A seulement quinze ans, Stefania Gladki n’est pas sélectionnable aux Jeux Olympiques. Mais elle est championne de France pour la seconde fois. Son libre, sur la bande originale du film “La Tresse” et un extrait du “Roméo et Juliette” de Nino Rota, est ultra classique mais aussi très propre : sept triples sauts dont trois en combinaison, des pirouettes de niveau 4, une step sequence de niveau 3, pas un cheveu ne dépasse. Le tout lui rapporte 134.04, soit quelques treize points de plus que son record personnel. Un total de 198.05 l’installe confortablement sur la plus haute marche du podium.

Lorine Schild perd la tête, au sens classement du terme, en étant 2ème du libre (128.88). Une médaille d’argent (194.33) la qualifie virtuellement pour les J.O. de Milan même si la sélection n’est pas encore officielle. Les sauts de la Rémoise frôlent la sous rotation à plusieurs reprises, en particulier dans les deux combinaisons, ce qui empêche les grades d’exécution de monter. Si le programme, sur la superbe B.O. de “Woman” par Armand Amar, n’est pas aussi net que celui de sa cadette, il est cependant tenu de bout en bout avec une belle constance.

Léa Serna rase la barrière de près avec triple Lutz/double boucle piqué/double boucle mais tient bon, ce qui est encourageant pour la suite. Et en effet, elle passe triple Salchow, triple boucle piqué, double Axel, triple flip/double Axel en séquence, triple flip sans effort apparent. Mais elle pose les mains sur la glace à la réception du triple Lutz et se prive ainsi d’une combinaison lucrative. Ce libre, sur “l’Hymne à l’Amour” d’Edith Piaf est infiniment plus réussi que son court. Mais Léa est amèrement déçue. Compréhensible : elle vient de perdre sa chance d’aller à Milan. 119.63 ne lui confère que la 3ème place, et 176.06 que la médaille de bronze.
Eve Dubecq descend d’un étage après une série d’erreurs qui coûtent cher : boucle passé en simple, chute sur triple Lutz, Salchow amputé d’une rotation, triple boucle posé sur le quart et, cerise sous le gâteau, un dépassement de temps. Quel dommage après son très bon court ! Mais il n’y a que trois places sur un podium. Elle restera donc au pied, avec 93.10 et 150.10 au total. Clémence Mayindu reste lanterne rouge (92.25/139.24), loin de son meilleur score obtenu en 2023 à la Golden Spin de Zagreb.
Par Kate Royan - Briançon, 20 décembre 2025