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Première session d’entraînement pour les messieurs ce soir à Briançon et Adam passe en dernier sur la piste, au son de son programme libre. Nous le retrouvons alors qu’il n’a pas encore ôté ses patins.

Patinage Magazine : Tes programmes cette année, sont assez différents des précédents, un peu mélancoliques, tu nous expliques comment ils ont été conçus ?
Adam Siao Him Fa : Je ne dirais pas mélancolique, en tout cas pas dans le sens triste, je les trouve plutôt très lumineux. Je n’ai pas vraiment choisi ces thèmes au départ, ils m’ont été suggérés par Benoît [Richaud], mon chorégraphe. C’est lui qui a trouvé les musiques d’Armand Amar et de Philip Glass, que mon coach, Cédric [Tour] a ensuite arrangées. C’est sûr que c’est différent de mes programmes sur Daft Punk ou Woodkid ou encore d’autres choses que j’ai faites par le passé. Cette année, on avait vraiment envie d’une ambiance différente. Je voulais des thèmes forts, mais sans sortir radicalement de ma zone de confort. Et en même temps, il fallait essayer de pousser un niveau au-dessus. Ces deux programmes sont un vrai challenge.
P.M. : Tu as une préférence pour le format du court ou au contraire du libre ?
(Sourire)
A.S.H.F. : Je vais dire que j’ai quand même une préférence pour les programmes libres. [Il réfléchit] Je ne saurais pas expliquer pourquoi. Peut-être parce que j’en ai réussis plus, ça me paraît une bonne raison (rires). Ca ne veut pas dire que je n’aime pas les programmes courts, mais eux sont plutôt dans la performance que dans la partie sensibilité, affective.
P.M. : Je vais te poser une question que je pose à peu près à tout le monde : quel bilan tires tu de ton début de saison ?
A.S.H.F. : Mon début de saison ? Catastrophique ! [Il esquisse néanmoins un sourire malicieux]
P.M. : On ne reparlera pas des Masters…
A.S.H.F. : Oh, on peut ! Le Lombardia Trophy n’a pas été beaucoup mieux, j’ai vraiment eu une première partie de saison très difficile, j’ai accumulé les problèmes.
P.M. : Tu as toujours des soucis de matériel ?
A.S.H.F. : Oui, même si ça s’est arrangé. Aujourd’hui j’ai de nouveau senti qu’un patin était encore un peu mou, mais j’ai réussi à régler ça.
P.M. : Il y a une raison particulière pour laquelle tu casses tes patins ? Tu es une brute avec eux ?
(Rires)
A.S.H.F. : Oui, tout à fait ! Je mets beaucoup de force dessus et j’aime bien avoir des bottines assez dures. Or, au fils du temps, elles se ramollissent et finissent par avoir trop de mouvement, je n’aime pas ça du tout. J’ai changé de marque et la nouvelle est plus rigide, ça me convient mieux. Mais la force exercée sur un élément rigide a l’inconvénient de pouvoir le casser.
P.M. : Tu joues de la guitare. Te verrais tu composer de la musique pour tes propres programmes ?
A.S.H.F. : Oh non, je n’assumerais pas ! Je ne suis pas assez bon pour composer. Je me contente de jouer des riffs. Il y a deux ans, j’ai appris à jouer la musique de mon court sur Gary Moore et ça va, je me débrouille, mais la partie théorique m’échappe. Je peux lire des tablatures, mais pas une partition. Jouer, c’est mon bol d’air, ça me déstresse, mais ça n’entre pas dans le cadre de mes programmes. Je laisse ça à Cédric [Tour], c’est son truc.
P.M. : Que faut-il faire pour battre Ilia Malinin ? Que ce soit toi, Kagiyama, Sato, Shaïdorov ou n’importe qui d’autre. Il est prenable ou pas ?
A.S.H.F. : Donner notre maximum. Mais au jour d’aujourd’hui, même si on patine tous très propre, je pense que personne ne peut le battre. Il y a un tel écart technique… je ne vois pas comment on pourrait le combler.
P.M. : Comment expliques tu cette supériorité, en tout cas au niveau technique ? C’est une aptitude physique particulière ?
A.S.H.F. : Pas seulement. Il a un talent de fou et il a aussi beaucoup, vraiment beaucoup travaillé pour avoir cette facilité sur les sauts. Je me suis déjà entraîné avec lui et.. [il fait un geste saccadé avec la main] bam, bam, bam, il enchaîne les sauts en rafale, une vraie machine. Ca demande une condition physique et morale hors norme et il n’y a pas non plus que du travail, il y a aussi une part d’inné, du vrai talent.
P.M. : As-tu des objectifs pour la suite de la saison ?
A.S.H.F. : Je vais dire qu’au départ je visais une médaille à Milan. Plus les Jeux approchent, plus je me détache de cet objectif. Je souhaite faire deux bons programmes, très propres, réussir tous mes éléments. C’est vraiment ça mon but, après les places, on verra, je ne me focalise plus sur le classement. Par contre, aux Europe à Sheffield, je veux gagner ! Physiquement ça va bien dans l’ensemble, je n’ai plus de gros pépin, même si j’ai encore eu une petite alerte récemment, donc je vais tout faire pour récupérer mon titre européen.
P.M. : On te verra aussi aux Championnats du Monde de Prague ? Il n’est pas rare que les patineurs fassent l’impasse après les Jeux Olympiques.
A.S.H.F. : Non, moi je veux y aller. Les Jeux sont une compétition de plus tous les quatre ans, mais la saison n’est pas plus longue, elle va jusqu’en mars comme d’habitude, donc je serai à Prague.
Propos recueillis par Kate Royan - 18 décembre 2025
First training session for the men tonight in Briançon, and Adam goes last on the ice, to the music of his free program. We catch up with him while he hasn't even taken off his skates.
Patinage Magazine: Your programs this year are quite different from previous ones, a bit more melancholic. Can you explain how they were created?
Adam Siao Him Fa: I wouldn't say melancholic, at least not in the sense of being sad. I actually find them very solar. I didn't really choose these themes at first; they were suggested to me by Benoît [Richaud], my choreographer. He's the one who found the music by Armand Amar and Philip Glass, which my coach, Cédric [Tour], then arranged. Of course, these are different from my programs to Daft Punk or Woodkid or to other pieces I've done in the past. This year, we really wanted a different atmosphere. I wanted strong themes, but without radically stepping out of my comfort zone. At the same time, we had to try to take it up a notch. These two programs are a real challenge.
P.M.: Do you have a preference for the short program or rather the free skate?
(Smile)
A.S.H.F.: I’m going to say that I still have a preference for free programs. [He takes a pause to think] I couldn’t explain why. Maybe because I’ve succeeded in more of them, that seems like a good reason to me (laughs). That doesn’t mean I don’t like short programs, but they’re more about performance than the emotional, sensitive aspect.
P.M.: I’m going to ask you a question I ask almost everyone: what is your take on the start of your season?
A.S.H.F.: My start to the season? Catastrophic! [He flashes a mischievous smile]
P.M.: We won’t talk about the Masters…
A.S.H.F.: Oh, we can! The Lombardia Trophy wasn’t much better, I really had a very difficult start to the season, I ran into one problem after another.
P.M.: Do you still have equipment issues?
A.S.H.F.: Yes, even though it’s gotten better. Today I felt again that one of my boots was a bit soft, but I managed to fix it.
P.M.: Is there a particular reason why you break your boots? Are you that rough with them?
(Laughs)
A.S.H.F.: Yes, absolutely! I put a lot of force on them and I like to have pretty stiff boots. However, over time, they soften and end up being too loose, which I really dislike. I switched brands, and the new ones are stiffer, which suits me better. But putting force on a rigid component involves the risk of breaking it.
P.M.: You play the guitar. Could you see yourself composing music for your own programs?
A.S.H.F.: Oh no, I wouldn’t dare! I’m not good enough to compose. I just play riffs. Two years ago, I learned to play the music for my short program by Gary Moore, and that’s fine, I manage. But the theoretical part escapes me. I can read tablature, but not music sheet. Playing is my breath of fresh air, it relaxes me, but it doesn’t fit into my programs. I leave that to Cédric [Tour], that’s his thing.
P.M.: What needs to be done to beat Ilia Malinin? Whether it’s you, Kagiyama, Sato, Shaïdorov, or anyone else. Is he beatable or not?
A.S.H.F.: We should give our best. But as of today, even if we all skate very cleanl, I think no one can beat him. There’s such a technical gap… I don’t see how we could close it.
P.M.: How do you explain this superiority, at least technically? Is it a particular physical ability?
A.S.H.F.: Not only. He has an incredible talent and he has also worked a lot, really a lot, to have this ease with jumps. I’ve already trained with him and… [he makes a jerky gesture with his hand] bam, bam, bam, he strings together jumps in rapid succession, a real machine. It requires extraordinary physical and mental condition, and it’s not just about training; there’s also an innate part, real talent.
P.M.: Do you have any goals for the rest of the season?
A.S.H.F.: I’d say that at first I was aiming for a medal in Milano. The closer the Games get, the more I detach from this goal. I want to perform two strong programs, very clean, I want to do all my elements. That’s truly my goal; the placement is secondary, I’m no longer focused on ranking. However, at the European Championships in Sheffield, I want to win! Physically, overall I'm doing well, I no longer have any major issues, even though I had a small problem recently, so I’m going to do everything to reclaim my European title.
P.M.: Will we see you at the World Championships in Prague as well? It’s not uncommon for skaters to skip them after the Olympic Games.
A.S.H.F.: No, I want to go. The Olympics are just one more competition every four years, but the season isn’t any longer, it lasts until March as usual, so I’ll be in Prague.
By Kate Royan - Briançon, December 18 2025