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Masters Villard de Lans 2025 - Interview Kevin Aymoz

(Scroll down for English version)

© Kate Royan - Patinage Magazine

Kevin vient de terminer son programme court, prenant largement la tête avec presque 15 points d’avance. Il est aux anges !

Patinage Magazine : Comment s'est passé ce programme court ?

Kevin Aymoz : Très bien ! J'ai plein de choses à dire et en même temps pas tant de choses à dire que ça.

P.M. : On va s'arrêter à "plein de choses à dire " [rires]

Kevin : Les "djeunzs" disent : je me suis déposé. Voilà, c'est ça. C'est mieux que d'être claqué au sol ! J'ai a-do-ré patiner ce programme. Parce que c'était dur, jouissif en même temps, un vrai challenge. J'ai bien bossé cet été, ce n'était pas pour rien. Ca fait du bien au mental. Mon choix est un peu risqué. Arrivé fin juillet, je n'avais pas du tout de musique ! Rien… Fabrice [Blondel] me réclamait mes musiques. Quelles musiques ? [rires] Je n'avais que le premier morceau, celui au piano. Silvia [Fontana, sa coach aux USA], m'a dit OK, on part là-dessus. Moi je me regardais dans la glace et je me disais : qu'est-ce que tu aimes faire ? L'an denier j'ai eu deux programmes courts, ce qui était une chance. Ils étaient très différents l’un de l’autre et j’ai pensé que ça m’aiderait à choisir pour l’année olympique. Pas du tout ! Je me suis retrouvé avec le cul entre deux chaises. J’adore le fun, faire le show en mode “rhhh” [il mime un fauve qui rugit] , et j’adore aussi créer de l’émotion. Donc je n’étais pas plus avancé. Il fallait bien prendre une décision. On est partis sur le morceau lent au piano, “Sunday Afternoon” de Phono Input. Super, c’est beau, ça marche. Et non ! En fait, je m’ennuyais… Je n’aurais pas pu le tenir toute une saison. Le programme en lui-même était bien, mais il ne me correspondait pas en plein. Je pense que le public l’aurait apprécié, mais moi, je me serais vite emmerdé à le présenter. A vingt-huit ans, j’'avais envie de voir plus loin que le côté marketing du petit Kevin qui doit se vendre. D’accord, les Jeux Olympiques sont la compétition la plus regardée au monde, c’est le moment où jamais de se vendre justement. Si j’ai la lumière sur moi pendant cette saison très particulière, il faut aussi que je l’utilise à bon escient. Il faut que je fasse parler de moi, en bien ou en mal, peu importe, mais qu’on parle ! C’est important aussi pour la suite de ma carrière. L’équation c’était : que peux-tu t’apporter à toi en même temps qu’au public ? L’émotion marche bien pour toi, le fun aussi. Alors prends les deux. J’étais dans une période où j’écoutais beaucoup Lady Gaga. J’adore aussi “Drag Race”, je suis fan de leur univers. Comment faire pour amener un peu ce côté “féroce” sur la glace ? J’ai joué à “lip syncher” sur “Judas” dans ma salle de bains, et tout de suite ça a fait tilt. Mais il me fallait quand même un morceau plus lent, pour poser les éléments. Ce morceau, avec “Sunday Afternoon”, je l’avais déjà. A ma grande surprise, j’ai trouvé une espèce de connexion mystique qui se créait toute seule entre les deux musiques ! [rires]

P.M. : En te regardant patiner cet après-midi, j’ai pensé : qui d’autre que lui pourrait associer ces deux morceaux sans que ça paraisse antinomique…

Kevin : Au début, Silvia m’a dit la même chose. “Les gens ne vont pas comprendre, ils ne vont pas faire le lien”. Mais dans ma tête j’avais cette vision de Lady Gaga, un peu mystique, un peu sorcière dans le bon sens du terme. La partie au piano donne cette ambiance quasi sombre, de manoir plein de chauve-souris où on dort dans un cercueil [rires], puis “Judas” arrive progressivement, on a ajouté des petits bruitages. Dans ma tête, l’histoire s’est faite toute seule. J’ai étudié les paroles de la chanson, pour être sûr qu’elles entraient dans le cadre. Pour moi il est très important qu’une chanson me parle, ait du sens. Au bout du compte, il y avait des liens partout : entre les deux musiques, avec ce que je voulais raconter. Par contre, mon costume n’est pas prêt, celui d’aujourd’hui n’est que provisoire, je l’ai trouvé sur Internet ! J’en ai dessiné un autre, parfait pour le programme, tu verras…

P.M. : Tu commences à avoir une longue carrière derrière toi. Comment fais-tu pour rester motivé, pour te renouveler ?

Kevin : Je me sers du doute. Il faut douter, apprendre à douter, ne jamais avoir peur de douter. C’est un moteur, pas un frein. Au début, je me disais, le temps passe mais ne t’inquiète pas, il va venir ce programme court. Il n’y a jamais eu un patineur pour renoncer à une saison parce qu’il n’avait pas trouvé de programme, ce n’est jamais arrivé. Tu vois ce que je veux dire ? Je me suis dit : ça va venir, ça va venir… Euh oui mais ça va venir quand ?! [rires] Je me mettais trop la pression. Alors je me suis fais confiance. C’était là, en moi, il suffisait de le sortir. Quand j’ai proposé ces musiques à mes coaches, ils m’ont répondu: “you are deranged” [rires]. Alors oui, je suis “deranged”, mais justement, ça va marcher ! Je le sentais. C’est un conseil que je donnerais à tout le monde. Si tu sens que ça va marcher, vas-y. Bon, OK, à 99%, il reste 1% où ça peut foirer ! Mais c’est infime. Je suis tellement content de la façon dont tout s’est mis en place comme une évidence.

P.M. : Tu as fait toi-même ta chorégraphie ?

Kevin : Oui. Mais pas en entier, pour l’instant le début, c’est surtout de l’improvisation. Bien sûr, il fallait chorégraphier la séquence de pas, c’est incontournable. Mais je n’ai pas voulu chorégraphier le début tout de suite car j’ai besoin de ressentir la musique et de voir où elle me mène. On est encore très tôt dans la saison, beaucoup plus tôt que d’habitude et j’ai besoin de sentir la “vibe” en plein et de croire en moi.

P.M. : Pour ton libre, tu reprends le Boléro de Ravel d’il y a deux ans ?

Kevin : Oui et avec grand plaisir ! Je n’ai jamais eu l’opportunité de le patiner à fond. J’aime bien tendre l’oreille pour savoir ce que les gens pensent. Les avis étaient partagés, du style, c’est bon, le Boléro, on l’a déjà entendu des dizaines de fois. Ou au contraire, super, c’est un morceau magnifique. Le Boléro de Ravel, je l’ai eu dans le sang dès la première fois où je l’ai écouté. Je le ressens à fond, je le vis, je l’ai en moi. Enfin, normalement… Kate, je te le dis, demain il ne sera pas en moi [rires]. C’est un programme très difficile et je me suis beaucoup concentré sur le court. On a modifié plusieurs choses par rapport à deux saisons en arrière. Le costume, pour commencer. Demain je reprendrai l’ancien, les nouveaux ne seront pas prêts avant les Grand Prix. Je suis content parce que cette saison, j’arrive avec un vrai bagage.

P.M. : Généralement, les Masters ne sont pas ta compétition de référence…

Kevin : C’est le moins qu’on puisse dire ! Mais tu vois, aujourd’hui j’ai placé des difficultés qui n’étaient même pas prévues. Il y a deux jours, je me suis dit tu as bien bossé, techniquement tu es fiable, essaye ! Ce sont les Masters, on est fin août au lieu d’être fin septembre, tu n’as rien à perdre. Si tu dois enlever des éléments, fais le sur le libre.

P.M. : Tu réalises toujours des chorégraphies pour d’autres patineurs ?

Kevin : Oh que oui ! J’adore ! Sur le dernier groupe des hommes aujourd’hui, il y en a trois que j’ai chorégraphiés : ceux de Davide Lewton Brain, Xavier Vauclin et le mien. Et j’ai aussi fait celui de Léa Serna ! On a eu… trois heures pour ça ! Le plus gros challenge de ma vie, surtout pour une saison olympique. J’adore Léa, j’étais trop content ! J’ai aussi fait le libre de Davide et les deux programmes de Mila. Un Espagnol m’a aussi demandé, bref, de ce côté ça avance, ça court même !

P.M. : Et Ninon Dapoigny ?

Kevin : Elle est passée au couple. Mais j’aimerais trop chorégraphier des programmes de couples aussi ! Pour la danse, je ne suis pas légitime, je n’ai pas les compétences techniques, mais les couples, j’en rêve ! J’ai déjà travaillé avec des couples. Et si un jour des danseurs me demandent, j’apprendrai, parce que chorégraphier pour deux personnes à la fois, ce serait formidable.

P.M. : Tu t’entraînes toujours entre Grenoble et Lausanne ?

Kevin : Absolument. C’est très important pour ma vie personnelle. Je retourne régulièrement aux USA pour travailler avec Silvia et John, mais moins souvent qu’avant. Mes deux Grand Prix étant en Amérique, je ferai un petit stage là-bas à l’automne, histoire de m’éviter des allers-retours inutiles. Dans l’absolu, j’aurais aimé le Grand Prix de France et le Grand Prix de Finlande. Mais c’est très bien comme ça. Le Skate America me porte généralement chance.

Propos recueillis par Kate Royan

Masters Villard de Lans 2025 - Interview with Kevin Aymoz

Kevin has just finished his short program, taking a comfortable lead with almost 15 points to spare. He is on cloud nine!

Patinage Magazine: How did this short program go?

Kevin Aymoz: Very well! I have a lot to say and at the same time not that much to say.

P.M.: Let's stop at "a lot to say" [laughs]

Kevin: The kids say: I dropped myself off [French teens’ slang]. There, that's it. It's better than being flat on the ground! I absolutely loved skating this program. Because it was hard and pleasurable at the same time, a real challenge. I worked hard this summer, it wasn’t for nothing. It’s good for the mind. My choice is a bit risky. By the end of July, I didn’t have any music at all! Nothing… Fabrice [Blondel] was asking me for my musics. What musics? [laughs] I only had the first piece, the one with the piano. Silvia [Fontana, his coach in the USA], told me OK, let’s go with that. I was looking at myself in the mirror and I was thinking: what do you love to do? Last year I had two short programs, which was a chance. They were very different from each other and I thought it would help me choose for the Olympic year. Not at all! I found myself stuck between two options. I love fun, putting on a show in "rhhh" mode [he mimics a wild animal roaring], and I also love creating emotion. So I was not really any further along. I had to make a decision. We went with the slow piano piece, "Sunday Afternoon" by Phono Input. Great, it's beautiful, it works. And no! In fact, I was bored... I wouldn't have been able to hold it for an entire season. The program itself was fine, but it didn’t fully match me. I think the audience would have enjoyed it, but I would quickly have gotten bored presenting it. At twenty-eight, I wanted to look beyond the marketing side of little Kevin who has to sell his product, aka himself. Okay, the Olympics are the most-watched competition in the world, it's now or never. If I have the spotlight on me during this very particular season, I also have to use it wisely. I need to make sure people talk about me, whether it's good or bad, it doesn't matter, but I need to be talked about! It's also important for the future of my career. The equation was: what can you bring to yourself at the same time as to the audience? Emotion works well for you, fun does too. So take both. I was in a phase where I listened a lot to Lady Gaga. I also love 'Drag Race', I’m a fan of their universe. How to bring a bit of that 'fierce' side to the ice? I played lip sync' on 'Judas' in my bathroom, and immediately it clicked. But I still needed a slower piece to set the elements. I already had this piece, with 'Sunday Afternoon'. To my great surprise, I found a kind of mystical connection forming on its own between the two pieces of music! [laughs]

P.M.: Watching you skate this afternoon, I thought: who else but him could associate these two pieces without it seeming contradictory...

Kevin: At first, Silvia told me the same thing. "People aren't going to understand, they won't make the connection." But in my mind, I had this vision of Lady Gaga, a bit mystical, a bit witchy in the good sense of the term. The piano part gives this almost dark ambiance, like a mansion full of bats where we sleep in a coffin [laughs], then "Judas" gradually comes in, we added some little sound effects. In my mind, the story came together on its own. I studied the lyrics of the song to make sure they fit within the context. For me, it's very important that a song speaks to me, has meaning. In the end, there were connections everywhere: between the two pieces of music, with what I wanted to tell. However, my costume isn't ready, the one I wore today is just temporary, I found it on the Internet! I drew another one, perfect for the program, you'll see...

P.M.: You are starting to have a long career behind you. How do you stay motivated, how do you renew yourself?

Kevin: I use doubt. You have to doubt, learn to doubt, never be afraid to doubt. It's a driving force, not a brake. At first, I would say to myself, time flies but don't worry, this short program will come. No skater has ever given up a season because they couldn't find a program, that has never happened. You see what I mean? I told myself: it will come, it will come... Uh, yes, but when will it come?! [laughs] I was putting too much pressure on myself. So I learned to trust myself. It was there, within me, I just needed to bring it out. When I submitted these pieces of music to my coaches, they replied: “you are deranged” [Kevin says it in English] [laughs]. So yes, I am “deranged,” but that's the point, it will work! I could feel it. It's advice I would give to everyone. If you feel like it's going to work, go for it. Well, okay, at 99%, there's still 1% where it could fail! But that's minimal. I'm so happy with how everything fell into place naturally.

P.M.: Did you choreograph your own routine?

Kevin: Yes. But not entirely, for now the beginning is mostly improvisation. Of course, the step sequence had to be choreographed; that's essential. But I didn't want to choreograph the beginning right away because I need to feel the music and see where it takes me. We're still very early in the season, much earlier than usual, and I need to feel the vibe completely and believe in myself.

P.M.: For your free skate, are you revisiting Ravel's Boléro from two years ago?

Kevin: Yes, and with great pleasure! I never had the opportunity to fully skate to it. I like to listen in to what people think. Opinions were mixed, like, it's okay, Boléro, we've already heard it dozens of times. Or on the contrary, great, it’s a magnificent piece. Ravel’s Boléro, I felt it in my blood from the first time I listened to it. I feel it deeply, I live it, I have it inside me. Well, normally… Kate, I’m telling you, tomorrow it won’t be inside me [laughs]. It’s a very difficult program and I focused a lot on the short. We changed several things compared to two seasons ago. The costume, to start with. Tomorrow I will wear the old one, the new ones won’t be ready before the Grand Prix. I’m happy because this season, I come with real experience.

P.M.: Generally, the Masters are not your competition of reference…

Kevin: That’s the least that can be said! But you see, today I placed some difficulties that weren't even planned. Two days ago, I told myself you’ve worked hard, technically you’re reliable, just try! These are the Masters, it’s the end of August instead of the end of September, you have nothing to lose. If you have to remove elements, do it during the free.

P.M.: Do you still create choreographies for other skaters?

Kevin: Oh yes! I love it! For the last group of men today, there are three routines that I choreographed: those for Davide Lewton Brain, Xavier Vauclin, and mine. And I also did Léa Serna's! We had... three hours for that! The biggest challenge of my life, especially for an Olympic season. I love Léa, I was so happy! I also did Davide's free and both of Mila's programs. A Spaniard also asked me, in short, on that side, it’s progressing, it's even running!

P.M.: And Ninon Dapoigny?

Kevin: She has moved to pairs. But I would really love to choreograph pairs programs too! For dance, I'm not legitimate, I don't have the technical skills, but pairs, I dream about it! I have already worked with pairs. And if one day dancers ask me, I will learn, because choreographing for two people at the same time, it would be great.

P.M.: Are you still training in Grenoble and Lausanne?

Kevin: Absolutely. It’s very important for my personal life. I regularly return to the USA to work with Silvia and John, but less often than before. Since my two Grand Prix are in America, I will do a little training there in the fall, to avoid unnecessary round trips. Ideally, I would have liked the French Grand Prix and the Finnish Grand Prix. But it’s very good like this. Skate America usually brings me good luck.

By Kate Royan

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